22 Janvier 2021 - 06h51 • 21990 vues

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À 2 000 milles de l’arrivée, la partition est loin d’être achevée : au moins sept solistes peuvent entamer leur cantate et s’il y a encore quelques croches à négocier, la composition s’appuie désormais sur un enchaînement d’empannages et de passages de front jusqu’aux Sables d’Olonne. L’orchestration manque encore d’un maestro, mais Louis Burton semble bien placé pour ce final symphonique. Il y a du mouvement dans l’air…

Sonnez hautbois, résonnez musettes ! C’est Noël à l’Épiphanie, la fête à la Saint-Barnabé, la foire au trône, le festin de Balthazar : cors, oliphants, buccins, clairons, trompettes, bugles, euphonium, tubas, ophicléides, clarinettes, sacqueboutes, soubassophones et autres hélicons : retentissez, jouez, soufflez, composez, improvisez ! C’est la symphonie fantastique, la Walkyrie, les Noces de Figaro au vu de ce final digne d’une Solitaire… La victoire en chantant, la fanfare vendéenne, le concerto majeur : les solistes terminent en apothéose, après une partition de plus de 26 000 milles autour de la planète avec seulement quelques dizaines de milles de décalage, soit quelques dixièmes de pourcentage de différentiel. À peine une croche…

Diachronie et synchronie

Car si tous ont un instrument à vent, personne ne sort le même son de cloche ! À l’extérieur du « virage » obligatoire pour contourner les hautes pressions qui se décalent vers Madère, Louis Burton (Bureau Vallée 2) a réussi son pari : sortir aux avant-postes en se décalant vers l’Ouest pour accrocher en premier une dépression atlantique qui génère un flux de Sud-Ouest sur l’archipel des Açores. Le Malouin a certes un étroit couloir de vent à négocier, mais sa position 70 milles plus au Nord que Charlie Dalin (Apivia) lui donne un léger avantage… Il n’est encore que ‘dauphin’, mais il devrait « s’emparer » du trône dès ce week-end !

Certes, l’écart ne sera pas significatif semble-t-il, mais il y a tout de même près de cinq nœuds de vent en sus dans sa zone. Et comme la brise est portante de Sud-Ouest, le moindre renforcement permet de « descendre » plus bas (145-150° du vent réel) sous spinnaker ou de lofer plus vite (à 135-140°) sous gennaker de tête avec deux à quatre nœuds de vitesse en plus… Pour autant, ceux qui sont encore plus à « l’intérieur » du virage tel Damien Seguin (Groupe APICIL) ou dans une moindre mesure, Thomas Ruyant (LinkedOut), Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) ou Giancarlo Pedote (Prysmian Group) peuvent jouer les arbitres de ce duel qui doit aussi prendre en compte le positionnement de Boris Herrmann (SeaExplorer-Yacht Club de Monaco) qui suit le sillage de Charlie Dalin et s’avère fort véloce…

Mais comme en moins de 200 milles (sur les 2 000 milles orthodromiques qu’il reste à parcourir), on compte sept solitaires dont deux avec des bonifications pour avoir participé au sauvetage de Kevin Escoffier et qu’en plus, Jean Le Cam (Yes We Cam!) n’est pas si loin (300 milles), le final de ce neuvième Vendée Globe s’annonce très incertain ! Car les conditions météo à venir ne vont pas être simples : le flux de Sud-Ouest n’est pas très puissant (environ quinze nœuds), tous les solitaires en cause n’ont pas un spinnaker, certains ont des soucis techniques (foils, voiles, fatigue structurelle…) et la route optimale est loin d’être sans embûches.

D’abord, il va falloir négocier les îles açoriennes dès dimanche et ce n’est pas si facile : il y a du courant de marée, la mer est souvent chaotique à l’approche de ces reliefs volcaniques et les vents sont généralement perturbés par les montagnes, à l’image du volcan Pico qui culmine à 2 351 mètres !

De la composition à l’interprétation

C’est un tout autre tempo qui intéresse Maxime Sorel (V and B-Mayenne) qui est de plus en plus sous la pression d’un Armel Tripon (L’Occitane en Provence) de plus en plus incisif : sorti des affres d’un pot au noir plutôt coopératif, le Nantais revient fort et déboule un nœud plus vite sur sa « proie » ! Et comme les hautes pressions sous les Açores semblent se rétracter, il pourrait y avoir « contact » dès ce week-end. Tout dépendra de l’état des voiles et des bateaux dans ce match très ouvert pour la dixième place actuelle.

Plus au Sud, Clarisse Crémer (Banque Populaire X) ne doit pas traîner en route car le pot au noir semble gonfler vers le septentrion dès la nuit prochaine : les alizés seraient donc plus haut en latitude, ce qui ne va pas faire l’affaire de Romain Attanasio, à 150 milles ce vendredi matin de l’équateur. Et même si Jérémie Beyou (Charal) est à 900 milles de son tableau arrière, un fort ralentissement le mettrait en ballottage… D’ailleurs le quatorzième solitaire a croisé Isabelle Joschke (MACSF) en fin de journée hier, la franco-allemande hors course faisant route vers Salvador de Bahia qu’elle devrait atteindre lundi au petit matin.

Mais c’est au large du Cabo Frio, la pointe Sud-Est du Brésil, que le final prend des airs de bataille navale ! Arnaud Boissières et Alan Roura sont englués dans un tentacule de la pieuvre anticyclonique quand Stéphane Le Diraison recolle à Pip Hare et que Kojiro Shirashi et Didac Costa reviennent très fort… Ces six skippers risquent fort de « s’étriper » au niveau de l’équateur si on en juge par l’installation progressive des alizés d’Est-ce week-end au large du Brésil…

Enfin si Manu Cousin voit fondre sur lui Miranda Merron et Clément Giraud du côté du 45° Sud, c’est à la pointe de l’Amérique du Sud que se joue les derniers bords dans les mers du Pacifique pour Alexia Barrier (TSE-4myplanet) et Ari Huusela (STARK) : tous deux profitent de la présence de Sam Davies hors course (Initiatives Cœur) qui ouvre la voie dans une brise plutôt tonique et une mer plutôt agitée avant la Patagonie, mais ce week-end devrait être l’œuvre d’un grand soulagement quand le cap Horn sera dans leur tableau arrière…

La rédaction du Vendée Globe / DBo.