25 Janvier 2021 - 09h00 • 7154 vues

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Aux prises avec le cœur de l’anticyclone de Sainte-Hélène, Manuel Cousin (Groupe Sétin) a eu tendance à s’oublier ces derniers jours, occupé qu’il était à tenter de garder un cap dans la pétole.

« Je vais… bien. Les conditions ne sont pas faciles, il n’y a pas beaucoup de vent au milieu de l'anticyclone, ce n'est pas très sympa. Clairement, c'est compliqué. Je savais que, malheureusement, l'anticyclone était super étalé, et je pense qu'il monte aussi en même temps que moi. Moralement, ce n'est pas simple parce que ça peut être un gros coup d 'arrêt à la remontée. On est en course, Miranda (Merron) et Clément (Giraud) sont bien revenus, c'est jamais simple à accepter. Il faut gérer la fatigue et le manque de sommeil, parce qu’il faut ‘être dessus’. J’en ai encore jusqu'à cet après-midi ou ce soir, après, ça devrait redémarrer tranquillement. 

Je n'ai pas dormi une seconde cette nuit. Ça tient péniblement à 2-4 nœuds. On est content quand le bateau va dans la bonne direction, c'est un peu le casse-tête. Je savais que j'allais galérer. Contrairement à ce que les gens croient, ce n'est pas cool : il n'y a pas de vent, entre 1 nœud et 2-4 quand ça va bien – 5 nœuds, c'est beaucoup. En force et en direction, c'est complètement aléatoire. Il faut régler, sinon on est à 180° de la route, à faire du Sud, ce qui n’est pas terrible pour remonter l'Atlantique. Il faut régler, virer, empanner, c'est super fatiguant physiquement, comme j’ai besoin de grandes voiles. J'ai le J1 en place, la grande voile plate et le gennaker et, selon d'où vient le vent, je prends l'une ou l'autre. Il faut les manipuler, on y laisse beaucoup d'énergie. Et psychologiquement, c'est fatiguant parce qu’on se démène.

Généralement, je fais super gaffe à mon alimentation. Là, je n'ai même pas eu le temps de manger. J'ai eu des crampes, ce qui est un signe avant-coureur (de troubles, ndlr), alors je me suis fait un chocolat chaud, du café, et j'ai mangé du chocolat. Mais je n'ai pas pris le temps de me faire un bon repas. Il va falloir que je boive : si les crampes arrivent, c'est que je n'ai pas assez bu.

Le bonheur ? C'est quand ça repartira. Rien que 7-8 nœuds de vent dans la bonne direction, ça fera mon bonheur. Ce seront les alizés ensuite, avec un "tout droit" jusqu'au Nord du Brésil. J’aurai le plaisir de mettre le pilote et de faire seulement quelques réglages. Quand j'entends ma voix, je réalise que j’ai presque du mal à parler…

Mais il n’y a pas de drame, ça reste une course, donc on n'aime pas ça (rester collé). On voit les camarades revenir, peut-être sont-ils passés ? C’est pour ça que je me bats comme un beau diable. Quelle que soit la place, on ne se laisse pas faire. Eux se battent aussi, et c'est normal, quand bien même on s’apprécie. On se dépouille, c'est le Vendée Globe. Et puis on a hâte d'arriver, et plus vite on sortira, plus tôt on sera à la maison. Alors il faut aller chercher au fond de soi ». 

 

Manu Cousin / Groupe Sétin