25 Janvier 2021 - 15h18 • 28325 vues

Partager

Article

En sport américain, il y a une expression pour définir le suspense à la fin d’un match : le « money time ». Et elle colle parfaitement à la peau de ce scénario du Vendée Globe. "Ça restera historique", assure Yannick Bestaven. Ce lundi, l’issue est toujours incertaine et ils sont cinq à pouvoir s’imposer… À moins de 72 heures de l’arrivée !

Un scénario digne d’Hollywood

« Vous voulez une réponse sur la fin de la course ? Vous n’en aurez pas ! » Le constat de Sébastien Josse, consultant météo du Vendée Globe ce lundi matin, est partagé par tous, à terre comme en mer. Chaque jour, il faut donc composer avec ce suspense, toujours aussi intenable. Ainsi, certaines projections annoncent à l’arrivée un écart de… Trois heures entre les trois premiers ! « C’est digne d’une régate entre deux bouées », s’amuse Thomas Ruyant (LinkedOut), invité au Vendée Live. « On dirait un scénario à la Hollywood », poursuit Yannick Bestaven, un sourire éclairant son visage fatigué à la vacation ce matin. Un peu plus tard, Louis Burton confirme : « Ça donne envie de s’arracher jusqu’au bout pour offrir un beau spectacle. »

Ce qu’il faut retenir des dernières heures

Depuis dimanche, les leaders ont opté pour deux routes distinctes. « Il y a deux grandes options, Nord ou Est », résume Louis Burton (Bureau Vallée 2), qui a concédé sa première place à Charlie Dalin (APIVIA). Les deux hommes et Boris Herrmann (Seaexplorer - Yacht Club de Monaco), qui progressaient à plus de 18 nœuds dans la matinée, ont choisi l’option Est à la latitude du Portugal. « Il y a un gros match entre eux, ils sont très compacts », souligne Thomas Ruyant (LinkedOut) qui est en embuscade, expliquant « être tout le temps aux écoutes ».

À 180 milles à l’Ouest du trio, il y a les Nordistes, avec Thomas Ruyant (LinkedOut, 4e à 15h), Yannick Bestaven (Maître CoQ IV, 5e) et Damien Seguin (Groupe APICIL, 6e). Maître CoQ IV s’est évertué à contourner l’archipel des Açores avant de filer vers les côtes portugaises. « J’ai fait une route Nord pour chercher un front dépressionnaire, souligne Yannick. J’ai récolté ce que je suis allé chercher avec des grains de 35 nœuds. C’est bien d’avoir du vent et d’attaquer. »

Entre ces deux routes, les choix sont innombrables : plus de deux cents routes peuvent encore être suivies ! « Le trio Dalin-Burton-Herrmann devra composer avec une petite zone de vent faible dans le golfe de Gascogne. Ça va permettre au groupe du Nord de revenir en bénéficiant d’un vent plus soutenu », soulignait Yoann Richomme au Vendée Live.

La ligne d’arrivée allongée

Afin de pallier les conditions compliquées attendues au moment sur les Sables dans les jours à venir, la direction de course a décidé d’allonger la ligne d’arrivée, conformément à l’article 9.1 des instructions de course. La ligne, qui devait être de 0,3 milles (500 mètres), sera désormais d’1,9 mille (3,1 km) après avoir été étirée vers le Sud. Cela offrira à la flotte de l’eau à courir aux arrivants qui couperont la ligne à pleine vitesse.

Le dépassement de soi par Pip Hare

Penser que ce n’est qu’en tête de course que les skippers donnent tout est une hérésie. Au Vendée Globe, la position importe peu quand des marins s’emploient, au quotidien, à réaliser un tour du monde. Pip Hare (19e, Medallia), qui a dû soigner une allergie après la piqûre d’une sorte de méduse, en a fait le témoignage bluffant dans un texte qu’elle a envoyé ce matin : « Je suis impressionnée par ce que les êtres humains sont capables d’endurer. J’ai hissé et largué des voiles parfois dix fois par jour, je les ai déplacées, je me suis pris des paquets de mer glacée, j’ai titubé sur le pont, j’ai rampé le long de la bôme, j’ai dormi parfois pendant quelques minutes seulement, j’ai mangé des repas en sachet, j’ai été malmenée par le froid… » Mais Pip a tenu bon, livrant sa définition de l’abnégation : « Nous sommes mentalement et physiquement capables de faire tellement plus que ce que nous croyons. »

« Il est où le bonheur, il est où ? »

Peu importe la position du skipper, il émane de partout des réflexions dont on goûte la profondeur. Armel Tripon (11e, L'Occitane en Provence) qui exploite son foiler avec panache – 270 milles parcourus en 24 heures, et qui pointe à moins de 2 000 milles de l’arrivée, n’en finit plus de savourer : « Chaque jour a été un cadeau. Je me suis senti toujours en symbiose avec mon bateau. Ce n’est pas un état second, c’est une plénitude. Le fait de vivre pleinement chaque instant de cette course a été quelque chose de nouveau ». Bien plus au Sud, Manuel Cousin (Groupe SETIN), qui bataille au cœur de l’anticyclone à moins de 5 nœuds, avoue des crampes à force de si peu manger. Le bonheur n’y est pas vraiment. En tout cas pas pour maintenant. « Ce sera le cas quand ça repartira », affirme-t-il.

Un taux d’abandons qui reste très faible

Dimanche soir, Isabelle Joschke s’est amarrée au port de Salvador de Bahia. Elle avait signifié son abandon le 9 janvier dernier après la casse de son vérin de quille. Pendant quinze jours, la navigatrice de MACSF s’est employée pour rentrer en toute sécurité dans le port brésilien. Il s’agissait du 8e abandon de ce Vendée Globe. En somme, 25 skippers, soit 76% de ceux qui ont pris le départ, sont encore en course. Une telle statistique ne s’est jamais constatée dans les éditions précédentes : au mieux, seulement 65% des candidats avaient coupé la ligne (en 2004-2005).

 

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin