26 Janvier 2021 - 16h47 • 17973 vues

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Message du bord reçu de Stéphane Le Diraison (Time for Oceans). 

" Aux Sables d'Olonne, sur le village du Vendée Globe, un grand écran projetait en boucle une vidéo de présentation de la course. Dans la séquence consécutive au passage du cap Horn, une voix suave affirmait qu'une fois viré le cap mythique « il n'y a plus qu'à rentrer à la maison ». Ah oui, vraiment ? Quid des 7 000 milles qui représentent 25% du parcours ? Des dépressions Sud et Nord Atlantique ? Du près dans l'alizé ? Du passage du Pot au Noir ?

Cette partie du parcours est au contraire très exigeante car les conditions, bien que plus maniables, sont très changeantes. Et puis il y a la fatigue qui s'est installée insidieusement, rendant plus compliquée chaque manœuvre. Sans parler du bateau qui a souffert dans le grand Sud. Il y a aussi le sentiment d'arriver alors qu'on est encore très loin du but, les journées s'étirent et le temps paraît plus long.

Heureusement le soleil illumine la remontée de l'Atlantique et la bagarre fait rage autour de moi avec un groupe de six bateaux. Voilà de quoi maintenir la motivation à son plus haut niveau ! Le hasard de la météo m'a permis de faire une trajectoire le long des côtes d'Amérique du Sud. L'occasion de rêver en regardant les cartes, l'occasion aussi de croiser des routes maritimes et d'être confronté à l'emprise des hommes sur les océans. 

Avant São Paulo, j'ai ainsi croisé des hordes de porte-containers géants en provenance d'Asie fonçant sur la mégalopole pour y déverser un flot de produits plus au moins utiles. Ces monstres des mers qui dépassent allègrement les 300 mètres de long sont lancés à plus de vingt nœuds et tant pis s'ils engloutissent des quantités abyssales de pétrole, le consommateur ne veut pas attendre !

D'ailleurs du pétrole ici il y en a, alors pourquoi se priver ? Au large du Cabo Frio, à l'Est de Rio de Janeiro, des dizaines de plate-formes de forage pompent sans relâche le sous-sol. Loin de moi l'idée de jeter l’opprobre sur l'exploitation pétrolière tandis que je navigue sur un bateau construit en partie avec des dérivés du pétrole. Ma réflexion est plutôt de me dire : peut-on faire autrement ?

Nous sommes dans une zone gorgée de soleil et balayée en permanence par le vent des alizés. Ne pourrait-on pas remplacer ces plate-formes de forage par des éoliennes offshore et installer des panneaux solaires ? Ceci implique un changement de nos modes de vie et de notre façon de consommer. C'est dans cet esprit que l'équipe 'Time For Oceans' s'est lancée il y a un an dans l'étude d'un bateau éco-conçu. L'objectif est d'évaluer des procédés de mise en œuvre plus vertueux et l'utilisation de matériaux naturels comme la fibre de lin. Les résultats sont très encourageants, des solutions existent. La prochaine étape sera de construire des éléments structurels d'un bateau de compétition afin de démontrer la viabilité des résultats. Diminuer l'empreinte carbone du projet, tout en maintenant la performance et en préservant les coûts voilà l'enjeu !

Il est temps d'agir, il est encore temps d'agir ! "

Stéphane Le Diraison / Time for Oceans