26 Janvier 2021 - 20h08 • 26384 vues

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Il y a des nuits où le marin l’espère, d’autres où il la redoute. La Lune a beau envoyer ses rayons, miroir du dieu Soleil, elle donne souvent plus de stress que d’apaisement, surtout quand les nuages l’obscurcissent comme un feu à occultations, quand le vent lève des rouleaux de printemps (austral) sur une mer d’encre, quand en sus les icebergs glacent le sang. Parfois le miel se transforme en fiel…

Il suffit d’ouvrir un calendrier pour constater que le cycle lunaire est réglé comme une horloge (astronomique) avec un cycle de 29 jours et demi (et 44 minutes pour être plus précis). Et son influence est considérable non seulement sur notre planète Terre puisqu’elle génère (avec le Soleil) le cycle des marées mais règle aussi le cycle de reproduction de certaines espèces de gastéropodes, le semi de certaines plantes et bien d’autres choses encore… Faire refluer l’océan de plus de 17 mètres de hauteur d’eau comme dans la baie de Fundy (Nouvelle Ecosse) n’est pas innocent !

Un grand pas et une petite incertitude

La Lune, dont l’origine reste encore incertaine malgré le « grand pas pour l’humanité » de Armstrong en 1969 (condensation de particules solaires ou morceau arraché au globe terrestre ?), est encore bien mystérieuse : avec ses 3 476 kilomètres de diamètre, sa distance à notre planète Terre variant de 353 680 km à son périgée et 421 600 km à son apogée, l’astre a la particularité de toujours montrer la même face à nos yeux, tournant quasiment aussi vite sur elle-même qu’autour de nous. De fait, miroir des rayons solaires, elle est noire ou pleine aux syzygies (quand elle est dans l’axe Terre-Soleil), en croissant ou en demi lors des quadratures.

Et ses phases sont tellement précises depuis les premières observations des astronomes chinois, perses, égyptiens, grecs, qu’à la prochaine pleine lune, le 28 janvier, ce satellite naturel passera exactement à son zénith sur notre méridien à 20h 18’ 35’’ ; que les plus grandes marées auront lieu deux journées et demie après son passage (coefficient 93 dimanche 31 janvier), atteignant parfois plus de dix mètres à Saint Malo (4,53 mètres dimanche aux Sables d’Olonne)…  

Haro sur le halo

En plein océan, le ciel est dépourvu de toute lumière parasite, particulièrement dans les mers du Sud où l’atmosphère est d’une pureté extrême en l’absence de terres émergées, en raison de la proximité de la banquise antarctique et à cause d’une circulation dépressionnaire continue. L’air y est plus dense, plus « palpable », plus vif, plus fort. Il n’y a pas d’odeurs et une seule saveur, celle du sel. Il se crée alors des luminescences à nulle autre pareille. Si l’attirance est telle pour le Grand Sud chez les tour-du-mondistes, alors que l’environnement est l’un des plus hostile du globe, c’est bien parce que les lumières y peignent de tels contrastes, des pastels d’or et d’argent, des camaïeux de gris, des ombres au creux des ondes, des éclats au milieu du néant, des ruisseaux de perles où se glissent les coquilles de noix des solitaires du Vendée Globe…

Là-bas dans le Pacifique et au bout de l’Atlantique Sud où naviguent encore Ari Huusela et Alexia Barrier, le ciel a des allures de toile géante, de cinémascope passant « La voce della Luna » de Fellini, créant des luminescences tirées d’un film de Henri Alkan, des fulgurances inspirées par « La guerre des étoiles ». Par 52° Sud, en ces jours d’été austral, la nuit ne dure que six petites heures et quand la Lune a rendez-vous avec le Soleil comme en ces temps de syzygie, c’est un immense lampadaire qui s’allume à l’heure du couvre-feu… Mais quand il fait jour en pleine nuit, cela n’est pas forcément rassurant. Tout va bien quand la mer est lisse, le ciel étoilé, le vent adouci. Mais quand Dame Nature se met en colère, le paysage prend des teintes ténébreuses, des ombrages méphistophéliques, des contrastes diaboliques, des noirceurs démoniaques, des couleurs sataniques…

Car tel un phare, les cumulonimbus jouent les occultations, la bruine ou le brouillard transforme tout en ouate, la neige assourdit l’écume qui se mêle aux flocons. Un coup, je vois, un coup, je ne vois pas. Alors on attend le projecteur-protecteur, qu’il sorte de ces enclumes nuageuses, de ces rouleaux de pluie, de ces mamelons gorgés de grêle ! Et qu’enfin la « main de Dieu », tel une peinture de la Renaissance, pointe son index majestueux sur le miséricordieux marin abandonné de tous au milieu de nulle part.

Lune, tu nous préserves quand tu es là, tu nous inquiètes quand tu disparais. Offre-nous ton auréole, garde-nous des arches anti-crépusculaires, préserve-nous des mirages scintillants, des tremblotements atmosphériques ! Que le rayon vert, cette lumière aussi inexpliquée qu’éphémère qui apparaît parfois quand le soleil se couche, nous indique le chemin vers les Sables d’Olonne. Que tes aurores polaires, draperies d’arc-en-ciel, rideaux bariolés, tentures bigarrées de blancheur et de verdure, nous protègent des écueils qui parsèment encore l’Atlantique. Et du côté de la Vendée, que tes reflets épousent les courbes de ton chenal !

 

La rédaction du Vendée Globe / DBo.