29 Janvier 2021 - 03h49 • 25314 vues

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En pleine nuit, Jean Le Cam a soulevé un enthousiasme incroyable tout au long de la remontée du chenal. Le visage lumineux, lui qui participait à son 5e Vendée Globe a savouré jusqu’au bout avant de revenir, avec ses mots et sa gouaille, sur son aventure autour du monde. 

Il est le 8e à avoir franchi la ligne. Jean Le Cam, 61 ans, est venu à bout d’un tour du monde épique. Il y a ce qu’on sait – les conditions météorologiques si délicates, le sauvetage de Kevin Escoffier – et ce qu’il a confié dans la soirée, la coque délaminée dès décembre et la côte cassée ces derniers jours. Le « roi Jean » a néanmoins eu les honneurs d’une arrivée grandiose, à en oublier le couvre-feu et la grisaille du moment.

Le monde de la voile a veillé

« Je vois que les gens ont bravé la nuit pour nous accueillir, ça fait chaud au cœur », lâche Jean dans une première réaction. L’équipage est monté à bord, Kevin Escoffier aussi et puis il y a eu la remontée du chenal. L’explosion d’émotions a eu lieu, il y avait l’enthousiasme, les fumigènes craqués, les baffles qui crachaient du Johnny Hallyday, le feu d’artifice qui illuminait l’endroit et les bénévoles du Vendée Globe le long du chenal, curieux, admiratifs, qui l’ont accompagné jusqu’au bout.

Pour que la fête soit totale, des écrans loués par PRB - reconnaissant partenaire de Kevin Escoffier - montrait le visage du skipper et son slogan "Yes we Cam !". Sur le tapis rouge, le monde de la voile a veillé. Il y avait Damien Seguin – « On refera le monde demain ? » sourit le skipper de Groupe Apicil – Kevin Escoffier bien sûr, avec qui il trinque, un verre de rouge à la main. Et on aperçoit Roland Jourdain qui esquisse des pas de danse, Bernard Stamm qui a déjà connu un tour du monde aux côtés de Jean. 

« Tu sens cette âme, cette profondeur, cette sincérité »

À voir cette foule qui grouille sur les pontons, ces médias qui attendent pour capter quelques mots, il se dit que Jean Le Cam est devenu un peu plus qu’un marin parmi les autres. Et tant pis si certains oublient qu’il a mené un bateau de 2007 à la 4e place d’un Vendée Globe, ce qui est un exploit sportif en soi avant d’être l’expression d’une personnalité, aussi chaleureuse soit-elle.

Jean a les yeux brillants, il est rasé de près. Mais l’émotion est palpable. On peut avoir accumulé les Vendée Globe, les Figaro, les scénarios en mer et les galères qui vont avec et être touché, fortement, par ce qu’implique l’instant. « Tu sens cette âme, cette profondeur, cette sincérité. Ça c’est beau, tu ne peux pas l’avoir dans d’autres situations », explique-t-il. Un peu plus tôt, Jean Le Cam avait tenu à dire merci à ceux qui étaient là. Il a parlé de « solidarité », de « partage », de « consécration dans l’émotion ». On lui a donné une couronne, il l’a posée sur la table de la conférence de presse.

Le gardien du phare 

Ensuite, son propos était posé, réfléchi. La conférence de presse s’est étirée et certains guettaient ses bons mots. Il y en a eu quelques uns. Sur la « place du con » : « J’ai soulagé le con qui aurait pu être à ma place ». Sur sa popularité : « Si le président veut m’appeler, il m'appelle et puis c’est tout ». Il y a eu aussi l’anecdote sur la côte cassée après un besoin naturel. Jean s’amuse à dire qu’il n’a rien prévu dans les prochains jours et les prochaines semaines, assurant qu’il y a du bon à ne pas savoir.

Le marin a aussi offert son regard sans concession sur la course et sur son sport. Les foilers ? « Il faut se poser des questions quand on voit que j’arrive 23 heures après le premier ». Jean s’est aussi mué en défenseur d’une certaine forme de Vendée Globe, une épreuve qu’il désire « toujours accessible aux PME et aux jeunes skippers ». Et Jean a salué ses compères à dérives droites, Damien Seguin (qui était présent à la conférence de presse) et Benjamin Dutreux, annoncé sur la ligne ce vendredi vers 10 heures. « Nous, c’est le vieux con, l’handicapé et le branleur », résume le skipper de Yes We Cam! Ainsi, en plus de sa trajectoire limpide autour du monde et sa gouaille à nulle autre pareille, Jean Le Cam s’est aussi transformé en gardien du phare, garant d’un certain esprit du Vendée Globe qu’il espère voir perdurer bien au-delà de cette nuit de janvier.

 

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin