09 Février 2021 - 19h00 • 29279 vues

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Cela fait douze jours que les premiers concurrents du Vendée Globe ont terminé leur tour du monde. Charlie Dalin, Giancarlo Pedote, Jean Le Cam, Benjamin Dutreux et Clarisse Crémer évoquent leur retour à une vie… Pas encore tout à fait normale.

Répondre aux questions, les skippers en ont l’habitude. Alors, quand on entend Charlie Dalin évoquer ses derniers jours dans un message enregistré sur WhatsApp, les propos semblent tout droit sortis d’une vacation. Les phrases sont un peu hachées, le marin cherche légèrement ses mots… Nous revoilà plongés quelques semaines en arrière au cœur de la course. « Je ne suis pas encore adapté, je suis en cours de réadaptation, sourit le skipper d’APIVIA. J’essaie de reprendre le rythme normal entre le jour et la nuit, récupérer de la fatigue profonde, d’avoir des phases de forme plus longues que quelques heures… »

La bataille du sommeil

Le sommeil, c’est une petite bataille intérieure. Benjamin Dutreux confiait d’ailleurs en fin de semaine dernière : « j’ai l’impression d’être complétement déphasé, j’ai du mal à retrouver le rythme de la terre, à être en forme quand il faut ». Clarisse Crémer, arrivée mercredi dernier, reconnaît « ne pas avoir pu dormir normalement lors de ses trois premières nuits à terre ».

Et s’il est important de bien dormir pour récupérer, c’est aussi parce que les journées des skippers sont bien remplies. Thomas Ruyant est ainsi allé à Paris pour recevoir un des Trophées SPORSORA - qui récompensent les initiatives de marketing sportif - des mains de Tony Parker. Charlie Dalin, Yannick Bestaven ont de leur côté écumé les plateaux de télévision, parfois ensemble comme sur le plateau de Stade 2. 

"Découvrir des gens qui viennent d'un autre univers" (Le Cam) 

Un marathon médiatique auquel n’échappe pas Jean Le Cam. Invité sur le plateau de Quotidien avec Kevin Escoffier, il a aussi été vu à Télématin, entendu à la « Bande Originale » sur France Inter, fait la une du Point et six pages dans Paris-Match…  À 61 ans, le skipper ne boude pas son plaisir. « J’aime bien découvrir des gens qui viennent d’un autre univers. Parfois, on a l’impression de raconter un peu les mêmes choses, mais au final, chaque émission a un ton différent. Moi, j’y vais toujours avec la tête libre. Mon histoire, comme celles des autres, permet à tous – journalistes compris -, de sortir de leur quotidien ».

Au surlendemain de son arrivée aux Sables d’Olonne, Clarisse Crémer s’est elle aussi rendue à Paris. « Je ne suis pas encore rentrée chez moi, ce n’est donc pas tout à fait la vraie vie », s’amuse-t-elle. La navigatrice de Banque Populaire se plie facilement aux interviews. Pourtant, elle reconnaît « avoir du mal à faire face à toutes les questions demandant si j’ai pris du recul alors que je n’en ai pas du tout. On me demande de tirer des conclusions, mais c’est trop rapide. J’ai besoin d’un peu de temps, d'un peu de repos avant. »

En tout cas, tous apprécient ces petits riens de la vie à terre qui manquent cruellement en mer. Giancarlo Pedote en fait la liste : « Avoir un lit qui ne bouge pas, une couette sèche, du chauffage, une table fixe, une cuillère qui ne tape pas sur la casserole et de la nourriture qui ne s’envole pas partout ». Charlie Dalin complète l’inventaire avec la douche : « Appuyer sur un bouton et avoir de l’eau qui coule, régler la température au degré près, on ne sait pas à quel point c’est agréable ». Clarisse Crémer, elle, souligne le bonheur du silence : « Arrêter d’être dans l’analyse permanente du bruit, je ne me rendais pas compte que ça faisait autant de bien ». Ces petits bonheurs-là pourraient faire des jaloux : ils sont encore onze skippers, toujours en mer et en course, à avoir déjà très envie d’y goûter à leur tour.

Par la rédac du Vendée Globe / Antoine Grenapin