12 Février 2021 - 02h05 • 16779 vues

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Ce vendredi 12 février à 01 heures 57 minutes et 30 secondes (heure française), Pip Hare a franchi la ligne d’arrivée des Sables d’Olonne après 95 jours, 11 heures, 37 minutes et 30 secondes de course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Elle finit ainsi à la 19e place, à la fin d’un groupe de cinq mené par Arnaud Boissières, arrivé ce jeudi matin. La navigatrice de 47 ans fait partie des marins qui ont le plus impressionné sur cette édition du Vendée Globe, à bord d’un bateau vieux de plus de 20 ans !

LA COURSE DE PIP HARE

La veille du départ, Pip Hare était encore peu connue du grand public. Malgré une carrière de skipper professionnelle entamée à l’âge de 18 ans, la navigatrice de 46 ans se lance dans la voile de compétition sur le tard en participant comme de nombreux marins à la Mini-Transat en 2011. Elle retente l’expérience deux années plus tard et choisit ensuite de se lancer dans une classe plus grande en 2015 en prenant le départ de la Transat Jacques Vabre sur un Class40.

La révélation

En 2018, la skipper britannique choisit de transformer ses rêves en réalité en reprenant les rênes de l’IMOCA Suberbigou, construit en 2000. Le bateau venait de boucler le précédent Vendée Globe avec le benjamin de la 8e édition, Alan Roura. L’auguste monocoque, construit trois ans durant par Bernard Stamm dans un hangar de Lesconil sur un dessin de Pierre Rolland, avait donc encore de la ressource.

« Je suis une compétitrice, je le sais »

Pip Hare est avant tout une compétitrice. Aux commandes du vétéran de la flotte, la Britannique pouvait enfin savourer le bonheur d’être au départ, conclusion heureuse de deux années qui « avaient sans doute été les plus dures de ma vie ». Son objectif embrasse plusieurs dimensions : terminer, « raconter une histoire », « démontrer qu’il n’y a rien d’anodin à être totalement isolé pendant trois mois », résister à tout, aux grains, aux dépressions, aux doutes et à la fatigue qui s’accumule. Cette volonté de se dépasser, elle en aura fait preuve tout au long de son parcours, sans jamais baisser les bras malgré les nombreuses embûches qui se sont dressées sur sa route.

Le 8 novembre, la Britannique s’élance dans son premier tour du monde avec prudence et choisit de passer la première grande difficulté -  la dépression intertropicale Thêta – par le Nord. Elle arrive alors au niveau des Açores en 30e position, puis double les îles Canaries à la 22e place et se lance dans la descente vers le grand Sud à grande vitesse. La skipper de Medallia n’en démord pas face à ces concurrents proches (Arnaud Boissières, Didac Costa, Manuel Cousin) et est la 18e à franchir le Cap de Bonne-Espérance, le premier grand cap de la course.

Pip se sent pousser des ailes

Pour la navigatrice anglaise, l’océan Indien est un sacré terrain de jeu. Elle avale les milles avec bravoure et détermination. Déjà, on perçoit chez elle cette capacité à se surpasser. Le 15 décembre, elle confie ainsi n’être jamais allée aussi vite avec son bateau, avec des pointes à 27 nœuds et des moyennes à 20 nœuds sur des segments de 4 heures.

Pip Hare se sent alors pousser des ailes, jusqu’à coller au tableau arrière d’Arnaud Boissières. Elle passe en 17e position au cap Leeuwin et court toujours après ses compagnons de route. Ses belles trajectoires l’emmènent à la 15e place au point Nemo. Malgré la perte de sa girouette et les grosses dépressions, la navigatrice continue de tracer sa route, son gros bonnet vissé sur la tête et le sourire toujours aussi franc qu’au départ.

Coup dur dans le Pacifique

Le 7 janvier dernier, au milieu de l’océan Pacifique, alors qu’elle naviguait à la 15e position, la skipper est victime d’une avarie sur son safran bâbord, et plus précisément la mèche supérieure de ce dernier. La seule solution qui s’offrait à elle était alors de le changer. À l’instar d’Alan Roura, qui avait eu lui aussi une avarie sur un des safrans quatre ans auparavant ; elle avait choisi d’en amener un de spare et avait appris comment le changer deux semaines avant le départ.

En remportant son bras de fer mécanique, Pip suscite les compliments de ses pairs. C’est Arnaud Boissières qui en parle le mieux : « Je suis admiratif de ce qu’a fait Pip, pour sa manière de naviguer comme pour son changement de safran. Je ne sais pas comment elle fait a fait, parce qu’il y avait de la mer et que les conditions étaient rudes. C’est une sacrée fille. Elle est pragmatique, humble et elle est très chouette ! » Pip, elle, savoure le bonheur simple de poursuivre sa route. Elle écrit : « Cette course met au défi chaque aspect de ce que signifie être un être humain, à tous les niveaux nous sommes obligés de réaliser et de faire des choses extraordinaires. »

Un nouveau départ

La navigatrice n’a jamais rien lâché jusqu’au bout. Et le Vendée Globe lui a offert une belle récompense : revenir ces derniers jours sur le groupe de quatre composé d’Arnaud Boissières, Kojiro Shiraishi, Alan Roura, Stéphane Le Diraison. Un dernier « match race », d’autres concurrents pour se positionner, tenir bon, commencer à rassembler ses souvenirs et savourer enfin l’incroyable bonheur de franchir la ligne d’arrivée du Vendée Globe au terme de 95 jours de course.

Pour nombre de skippers et d’observateurs, Pip Hare, par son courage, sa ténacité et son abnégation est LA révélation de cette neuvième édition. De Jean Le Cam à Kito de Pavant, en passant par Paul Meilhat, la navigatrice en a impressionné plus d’un. Tous reconnaissent la course sensationnelle qu’elle a réalisée à côté de foilers plus jeunes de sept ans en moyenne que son bateau. Tout au long du parcours, elle aura fait avancer son monocoque avec talent, réalisant ainsi des temps de navigation incroyables au regard des capacités habituelles de ce dernier.

 

LES STATS DE PIP HARE

Elle a parcouru les 24 365,74 milles du parcours théorique à la vitesse moyenne de 10,63 nœuds. Distance réellement parcourue sur l’eau : 27 976,87 milles à 12,21 nœuds de moyenne

 

LES GRANDS PASSAGES

Equateur (aller)

20e le 23/11/2020 à 12h48 UTC à 4j 22h 59min après le leader

Cap de Bonne-Espérance

17e le 6/12/2020 à 16h48 UTC à 5j 17h 37min après le leader

Cap Leeuwin

17e le 18/12/2021 à 7h30 UTC, 8j 20h 04min après le leader

Cap Horn

8e le 6/01/2021 à 01h56 UTC, 9j 13h 12 min après le leader

Equateur (retour)

20e le 28/01/2021 à 05h43 UTC, 11j 10h 31min après le leader

 

Son bateau

Architecte : Pierre Rolland

Chantier : 1999, Bernard STAMM, Lesconil

Mise à l'eau : juillet 2000