28 Février 2021 - 10h43 • 35414 vues

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Du bonheur, de l'optimisme et des messages forts en forme de leçon de vie... la navigatrice a irradié la conférence de presse qui lui etait consacrée quelques heures après son arrivée aux Sables d'Olonne.

« Je pense que je ne réalise pas encore très bien. Tant que tu n’as pas passé la ligne, il peut encore se passer des trucs. Comme ma chute bêtement il y a plus d’une semaine (lorsqu’elle s’est blessée au dos, ndlr)... »

A propos de la course avant la course

« On a bien galéré pour monter le projet. On a pu changer la quille un mois avant le départ. Ce tour du monde, je l’ai bouclé grâce à une équipe incroyable, des partenaires formidables et aussi grâce au Pingouin (ndlr, le nom de son bateau), construit pour Catherine (Chabaud) qui est là. Il a 22 ans, on va le mettre à la retraite ! Il fera toujours des courses au large mais peut-être plus de Vendée Globe. Ce que je retiens de cette course, c’est que rien n’est impossible ». 

A propos des femmes dans le Vendée Globe

« Cette année nous étions 6 femmes au départ, et 6 à l’arrivée, en course ou hors-course, peu importe. J’ai trouvé cela hyper courageux de la part d’Isa (Joschke) et de Sam (Davies) de repartir hors-course. Il faut que ce soit quelque chose de normal d’avoir plus de femmes sur le Vendée Globe. Quand on voit que Clarisse (Crémer) bat le record d'Ellen MacArthur cette année, c’est super pour elle, mais quelle honte de voir que ça a pris autant de temps d’avoir des budgets et des projets qui nous donnent cette opportunité. C'est inspirant pour toutes les petites filles, qui veulent faire de la voile ou autre chose. Il n’y a pas d’histoire de genre, c’est une histoire de détermination et de travail ! »

A peine arrivée… elle veut repartir

« Je savais que ça allait être très dur ce Vendée Globe avec ce vieux bateau. Je navigue plutôt à haut niveau d’habitude, et là je partais sur un projet d'aventure. Faire le Vendée Globe c’est la réalisation d’un rêve de petite fille, même si je n’y allais pas pour le gagner. Terminer était un objectif, j’avais d’autres challenges. L’environnement, l’éducation… C’était d’autres moyens d’être combative ! Souvent pendant la course, je me demandais ce qui se serait passé si j’avais eu un bateau plus performant. Quand le premier a franchi la ligne, je me suis demandé quel bateau je voudrais avoir pour le prochain Vendée Globe et... J’ai ma petite idée ! 

Je voudrais repartir sur un projet compétitif sans lâcher mes valeurs. Je voudrais quand même raconter autre chose en plus de la compétition ». 

A propos de ce qu’elle a appris pendant son tour du monde

« J’ai perdu complètement la notion du temps pendant la course. J’ai l'impression d'être partie hier et en même temps j’ai l'impression d'avoir passé toute ma vie sur l’eau. C’est un voyage assez spécial, de ne voir personne et de ne pas voir la terre pendant si longtemps. 

C’est la course la plus extrême. Tu te rends compte que ton corps et ton esprit sont capables de faire des choses incroyables. Tu repousses tes limites et puis tu vis en complète harmonie avec la nature. Les oiseaux, dans le grand sud, ils sont peinards ! Ça m'a remis un peu en place par rapport à ma place sur cette planète ».

Question de Jean-Pierre Dick : quand ce projet de Vendée Globe est-il né dans ta tête ?

« C’était lors du premier Vendée Globe que j’ai suivi à la télé, j’avais 10 ans. Mais je n’en parlais à personne car quand je disais que je voulais être pro en basket on me disait que j’étais trop petite, alors faire un Vendée Globe... On m'aurait certainement dit "c’est n'importe quoi”. Au fil de ma carrière ça m'a semblé une évidence, cette course allait faire partie de mon parcours. Je me souviens que tu m’avais dit, après ton Vendée Globe qu’il fallait vraiment le vouloir pour participer à cette course. Et bien je n’ai jamais eu de doute sur le fait que je voulais y participer à 200%. »

Question de Catherine Chabaud : comment as-tu vécu ce qui est arrivé à Kevin Escoffier ? 

"Sur le coup, j’étais carrément en état de choc. Je me suis dit, soit je panique et je perds mon énergie à paniquer, soit je me reprends. J’ai passé la nuit à crier “Kevin tiens bon”, même si je savais que je ne pouvais rien faire. Une fois qu’il a été récupéré, 24h après, j’ai appelé un ami qui m’aide en préparation mentale et ça m’a beaucoup aidé". 

Question de Catherine Chabaud : tu as bricolé ton hydrogénérateur, peux-tu nous raconter cet épisode ?

« Comme j’avais peu de budget, on a installé des panneaux solaires un peu à la va-vite et ils n’étaient pas super efficaces. J’ai fait une boulette avec le gasoil alors très vite je n'en avais plus. J’avais donc absolument besoin de mon hydrogénérateur et il s'arrachait du tableau arrière. Quand tu n’as plus de batterie, plus d'énergie, tu ne peux plus naviguer. J’ai bricolé et c’était intéressant de voir que j’étais capable de réparer des choses comme ça ! 

Et quand j’ai failli démâter, le mât s’est plié à 90° ça m’a paru fou. J’ai mesuré la chance que j’avais d’être encore en course ». 

Le fait de communiquer sur Whatsapp avec les autres concurrents, qu’est-ce que cela a changé pour toi ?

« C’était une première pour moi ces groupes Whatsapp, car sur les courses précédentes, je n'avais de toute façon pas le budget suffisant. Les moyens technologiques se sont améliorés et c'est devenu abordable. C’est important sur des phases de la course de pouvoir se parler, on se sent moins seul. C’est Boris (Herrmann) qui a initié le groupe Whatsapp des skippers. On pouvait échanger sur nos avaries, ça a permis de garder un lien. Il y avait énormément de bienveillance entre nous. On avait aussi un petit groupe entre filles, c’est Sam (Davies) qui l’a initié. Ça permettait de faire d'autres blagues que celles des garçons ! Sophie, qui a réalisé mon avitaillement, avait planqué un calendrier du XV de France à bord... Fini les filles en string, on veut des mecs à poil, sans poils (rires) ! »

Ton moteur, c’est l’optimisme ?

« Je prends toujours les choses du bon côté. Quand tu as décidé d’être forte et de croire que ça va marcher, ça fonctionne. Quand tu pars sur le Vendée Globe, tu sais que c’est une emmerde par jour. Tu sais que tu vas en baver, donc il vaut mieux en rire car il faut avancer. J’ai essayé de pleurer, ça ne résout pas les problèmes ! Il fallait les prendre à bras le corps ». 

Quel est ton programme dans les semaines à venir ?

« Je vais commencer par aller faire des examens pour mon dos… Je commence par là mais si je m’écoutais, je ferais autre chose. Ensuite je vais me remettre à la prépa physique, faire du Moth à foil et faire du shopping, acheter un nouvel IMOCA, et regarder le programme des courses jusqu’en 2025 (rires) !