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Alain Gautier : « En 1989, je partais à l’arrache »

Alain Gautier

Sa mission…
En résumé, ça consiste à aider Denis Horeau en cas de problème, de crise. J’apporte mon expérience, j’aide à résoudre les problèmes et éventuellement je joue le porte-parole de la course. J’interviens dans les discussions concernant les portes de sécurité glace. En fait, j’ai l’expérience de quelqu’un qui a déjà tout vécu sur un bateau. Qui s’est déjà blessé, a déjà chaviré...

Concrètement, mon téléphone sera toujours à portée de main. Jamais éteint. Si le problème survient en pleine nuit, je prends ma voiture pour aller à Paris, pour être le plus tôt possible au PC Course.

Premier départ, 1989, tu as 27 ans…
J’avais l’âge qu’a aujourd’hui Louis Burton, le skipper de Bureau Vallée. Mon bateau, Generali Concorde, avait été mis à l’eau au mois d’août, l’année du départ. J’avais très peu de temps de préparation, très peu d’expérience sur les gros bateaux, je venais du Figaro, j’avais un tout petit budget, à l’époque, 1,3 millions de francs. Quand je suis parti, le bateau n’était pas prêt. Je ne l’avais jamais testé dans la brise, j’étais parti complètement à l’arrache. Du coup, il y avait beaucoup d’émotion au départ, nous partions totalement dans l’inconnu. A l’époque, aussi, j’étais un maudit branleur ! Avec Loïck Peyron, on était partis la fleur au fusil, à se bagarrer à la bouée de dégagement devant les Sables d’Olonne. Il y avait 20 à 25 nœuds de nord-est, il faisait très très froid. Ensuite, on a déboulé dans le golfe de Gascogne au portant dans 35 nœuds de vent … Première nuit difficile pour me mettre en place, à gérer ce bateau que je ne connaissais pas beaucoup !

J’ai réussi à finir ce premier Vendée Globe en 132 jours, ce que peu de concurrents auraient fait aujourd’hui, avec tous les ennuis que j’ai eus. J’avais eu de gros problèmes de gréement, mais j’avais tenu à finir, avec une barre de flèche en moins, plus de pilote automatique. C’était une super expérience qui m’a permis d’enquiller dans la foulée avec le Boc Challenge qui partait 6 mois après. Pour mon deuxième Vendée Globe, j’avais réussi à accumuler énormément d’expérience. Mon équipe et moi étions beaucoup mieux armés, même si Bagage Superior avait été mis à l’eau en juillet.

23 ans d’évolutions
La préparation des skippers et des bateaux n’a plus rien à voir. Aujourd’hui, c’est la première édition où il n’y a pas un seul bateau mis à l’eau dans l’année. Tous les bateaux ont au moins un an. Normalement, ils sont plus fiables. Les équipes ont énormément grossi. A l’époque de Bagage Superior, on était 3 et on était dans les favoris. Aujourd’hui, dans les équipes favorites, ils sont une dizaine au bas mot. L’esprit d’aventure n’est peut être pas tout à fait le même, même si partir en solitaire autour du monde, reste une grosse aventure, mais l’aspect compétition a pris le dessus.

L’aspect communication, aussi. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone satellite, je trouvais ça génial de ne pas être « embêté » toutes les 5 minutes par le téléphone. Quand tu pars faire le Vendée Globe, pour moi, c’est aussi ça le luxe, être seul pendant des mois. La radio, je ne m’en servais pas beaucoup non plus. On passait 4 mois de solitude profonde. Aujourd’hui, c’est moins le cas. L’isolement n’est plus tout à fait le même. On a aussi élevé l’aspect sécurité, avec la mise en place de portes de sécurité glace. Ce qui est indispensable. En 1992, j’avais vu beaucoup de glaçons. En 1989, sachant que je ne jouais plus pour le classement, j’avais même empanné pour aller voir un iceberg. Il faisait grand beau, j’en avais vu un au loin. Il n’était pas très joli, mais c’était mon premier…

Une pensée pour Louis, le benjamin
C’est sympa d’avoir des jeunes comme ça qui prennent le départ. Il y a eu encore plus jeune que lui avec Ellen en 2000 (elle avait 24 ans). Mais Louis est à des années lumières de ce que j’étais en termes de préparation. Il part sur un bateau éprouvé et il a plus d’expérience que moi sur son bateau. Comme moi, il a une attirance pour les sports mécaniques, donc on a des sujets de conversations. Et il forme avec Servane un couple très sympa. Oui, je me revois un peu en lui...

Les Sables d’Olonne, le départ et le retour d’un marin hongrois…
Je crois que je n’ai pas loupé un seul départ aux Sables. Le Village, l’emplacement se prêtent bien au jeu. Le public est très bon, dans le sens où il est présent. C’est super de voir cet engouement, de voir ce plateau superbe, très homogène. On est fier et heureux de ce succès. On croise beaucoup de monde. Je viens de rencontrer quelqu’un que je n’avais pas vu depuis longtemps :  Nandor Fa, (marin Hongrois ayant participé au Vendée Globe 1992-1993).  Il est venu ici avec sa femme, on a eu beaucoup de plaisir à discuter. Il m’a annoncé qu’il ferait tout pour être au départ en 2016, le bateau est déjà en construction du côté de Budapest. C’est un scoop !


*En plus de ses attributions de consultant sécurité, Alain Gautier sera tous les vendredi invité spécial à la table des vacations…

Propos recueillis par Camille El Beze




 

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