01 Décembre 2012 - 17h02 • 2682 vues

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Le front qui balaie la route des huit premiers solitaires fait le tri. A son avant, les cinq premiers ont profité de conditions de glisse exceptionnelles pour affoler les compteurs. Derrière son passage, le trio Golding, Wavre, Le Cam a dû lever le pied dans une mer chaotique. L’élastique se tend… Ira-t-il jusqu’à la rupture ?

C’est tout le paradoxe de la situation. En naviguant comme ils l’ont fait depuis vingt-quatre heures, les hommes du quinté de tête ont peut-être trouvé le moyen de préserver leurs montures respectives, en restant le plus longtemps possible dans des conditions maniables. Sur une mer parfaitement ordonnée, avec l’aide d’une houle assez longue, les monocoques atteignent des vitesses exceptionnelles sans vraiment forcer. Les solitaires connaissent parfaitement les limites de la toile qu’il faut porter et leurs monocoques glissent sur une mer comme lissée par un passage entre les mains d’une esthéticienne. Tour à tour, François Gabart (MACIF), Alex Thomson (Hugo Boss), Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et finalement Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), ont défloré le record détenu depuis 2003 par Alex Thomson. Au final, avec 502,3 milles en 24 heures, Jean-Pierre se rapproche du record absolu en monocoque de 60 pieds, à savoir les 506,33 milles, qu’il a lui-même établi avec Loïck Peyron sur le même monocoque. Derrière le front, c’est une autre musique. Il faut tout d’abord négocier un empannage délicat, transvaser l’ensemble du matériel, calé depuis plusieurs jours, de bâbord en tribord. La brusque rotation des vents, du nord-ouest au sud-ouest, engendre un véritable chaos au sein duquel les étraves des monocoques peinent à se frayer un chemin. Ça tape, ça cogne, la carène subit les assauts des vagues, et les solitaires se retrouvent ballotés dans leur cabine comme dans un manège d’autos tamponneuses.  Dans ces conditions, impossible de tenir les hautes vitesses des trois leaders… Petit à petit, les écarts avec la tête de course se creusent. Jean Le Cam (SynerCiel), en leader des poursuivants devant Mike Golding (Gamesa) et Dominique Wavre (Mirabaud), compte plus de 250 milles de retard et toute la question, pour ce trio, est d’espérer ne pas se retrouver avec un système météo de retard. En attendant, tous renouent avec la magie des mers du Sud : les lumières rasantes, les oiseaux qui suivent en planant le sillage du navire, le mouvement perpétuel généré par la houle du large et ce petit quelque chose d’indéfinissable dans l’air qui fait dire, qu’enfin on y est.

Double peine

De surcroit, le trio des quinquas peut relativiser l’inconfort de sa situation au regard des conditions que rencontrent les hommes de queue de peloton. L’anticyclone de Sainte-Hélène a décidé de reprendre ses aises et ferme la porte du sud à tout ce petit groupe qui voit sa progression stoppée nette. Javier Sanso (Acciona 100%EcoPowered), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Tanguy de Lamotte (Initiatives-cœur) ont choisi de contourner les hautes pressions par l’est en essayant de couper au plus court, quand Bertrand de Broc (Votre Nom autour du Monde avec EDM Projets) tente de trouver une issue dans l’ouest. Alessandro Di Benedetto (Team Plastique) est encore le seul à avoir le choix. Pour ce petit groupe de quatre, la punition est sévère : le retard pris dans les premières heures de course ne fait que croître au fil des portes météorologiques qui leur claquent à l’étrave. C’est typiquement le genre de situation qui demande autant une bonne dose de fatalisme, la capacité de se concentrer sur les fondamentaux de la marche du bateau et le recul nécessaire pour apprécier le bonheur d’être en mer. Faire le tour de la planète sur ces drôles de machines reste un privilège qu’il serait malvenu de galvauder.

PFB