20 Décembre 2012 - 16h59 • 1864 vues

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Retrouvez les principales déclarations d'Armel Le Cléac'h, Tanguy de Lamotte, Jen-Pierre Dick et Mike Golding lors du live du jeudi 20 décembre, en présence du dessinateur Bernard Chenez.

Armel Le Cléac’h (FRA, Banque Populaire

Ça va ! Il fait nuit depuis quelques heures. Le vent est toujours bien établi, la mer aussi. Des conditions un peu rock ‘n’roll ! On est passé pas très loin de l’île Auckland et avec la remontée du plateau continental la mer était bien croisée et le vent s’est renforcé ; on est passé de 35 à 50 nœuds avec des rafales à 55 en quelques minutes. Je savais que ça allait se renforcer sur mes fichiers. Quand le vent a commencé à rentrer et la mer à se former, j’ai barré quasiment une heure. Il fallait gérer un vent à 50 nœuds. Ça n’a pas duré trop longtemps mais le pilote n’est pas aussi performant qu’on peut l’être à la barre.

Avec François (Gabart), on se voyait un peu dans le brouillard, il m’a envoyé un mail donc j’ai allumé ma VHF mais je n’ai pas réussi à le joindre non plus. On se surveille, je le vois à l’AIS mais ce n’est pas facile de communiquer en ce moment car les conditions sont quand même assez sportives. Mais on reste proche, un coup c’est lui devant, un coup c’est moi. On va continuer à naviguer comme on le fait depuis le départ. Avec François, on a des passages de portes assez proches. On devrait faire un bout de chemin ensemble je pense. Les options se jouent au niveau des portes. Au cap Horn, il y aura un bon bilan à faire. Mais pour l’instant on se concentre sur le Pacifique.
 

Tanguy de Lamotte (FRA, Initiatives-cœur)

Ça va bien. Aujourd’hui, il fait beau, il y a du vent, un peu de nuages mais le ciel est plutôt bleu avec du soleil. C’est agréable. J’ai entre 18 et 22 nœuds donc c’est parfait pour la voilure que j’ai en ce moment : un ris dans la grand voile, mon petit gennaker et la trinquette. Le bateau est content comme ça et ça taille la route à 14 nœuds de moyenne. La mer est moins grosse qu’hier, il y a moins de gros surfs mais la vitesse est correcte malgré tout.

J’essaye de dormir quand il fait nuit et je m’adapte aux rendez-vous qu’on me fixe. Ce matin il faisait jour alors qu’il était minuit TU, on change de fuseau horaire très rapidement mais c’est assez sympa à découvrir.

C’est un peu comme un hiver en Europe : au soleil il fait bon mais plus frais à l’ombre. Il doit faire dans les 12 degrés, c’est supportable avec une petite polaire.
 

Jean-Pierre Dick (FRA, Virbac-Paprec 3)

Il fait frisquet mais ça va. Ça bouge, il y a du vent, plus que ce que je pensais. Je m’apprête à empanner dans peu de temps. J‘ai changé d’allure, j’ai un peu ralenti. Je suis à 17 nœuds et la mer est impressionnante, très, très, très formée. Le vent est à 32 nœuds. Ça accélère mais ça freine aussi très vite. J’ai prévu d’empanner pour remonter vers des latitudes un peu plus clémentes et voguer vers la Nouvelle-Zélande, qui m’est chère.

Hier je me suis résolu à monter. C’est toujours très impressionnant de monter dans le mât dans les mer du Sud, à quasiment 25 mètres de haut. Avec la mer bien formée, il fallait bien s’accrocher aux branches mais j’avais la volonté de monter jusqu’au bout. Comme on est attaché, on pourrait penser qu’on peut monter comme un singe, très vite. Mais moi je prends mon temps, pour toujours rester accroché au mât. Et je suis resté longtemps car mon bricolage m’a pris du temps, j’avais les mains froides... C’est le système de lashing des voiles (petit spi et gennaker) que je devais changer. L’avoir déjà fait auparavant est forcément un plus, c’est toujours bien de s’entraîner avant et ça donne confiance.
 

Mike Golding (GBR, Gamesa)
J’ai eu droit à une période assez calme, on avance bien. Malgré tout, je pense qu’il faudra très bientôt empanner à plusieurs reprises. Il y a eu un véritable tassement des quatre bateaux au sein de notre petit groupe, avec Dominique Wavre à 100 milles derrière moi, Javier Sanso à 100 milles derrière lui et Jean le Cam à environ 140 milles devant moi. C’est très accroché. Nous allons rencontrer des conditions compliquées, il va falloir être vigilant et trouver le timing idéal pour empanner. Ça va être serré.

Une route un peu plus au nord, comme celle de Dominique Wavre, a ses avantages. Sur le plus long terme, quand on regarde le routage et les fichiers météo, on voit bien qu’être un peu au nord présente un intérêt. Dominique Wavre va avoir quelques nœuds de vent en plus tandis que, pour Jean (Le Cam) et moi, ce sera plus léger au sud.

Evidemment, je suis content de m’être rapproché de Jean mais je n’oublie pas que les deux bateaux derrière nous étaient assez loin et qu’ils sont beaucoup plus près maintenant. Ça va ressembler à la situation d’il y a quelques semaines, avec des conditions de navigation et de course très intéressantes. Ça maintient le rythme, c’est agréable et donc c’est positif. Evidemment, ce n’est jamais drôle de perdre de l’avance sur ceux que vous pensiez avoir distancés, c’est même plutôt décevant. En tout cas, on se prépare quelques journées passionnantes.
 

Bernard Chenez (dessinateur pour L’Équipe, invité du live)

Je suis né dans la baie du Mont-Saint-Michel et - paraît-il - que je voyais la mer de mon berceau (rires). Pour un dessinateur, une épreuve de longue durée est une aubaine car il y a des rebondissements et des personnages à suivre. C’est comme un roman, les choses se créent, se montent. J’ai une fascination pour ces types là et une admiration sans borne pour ce qu’ils font.

J’ai suivi de près les rallyes automobiles dans les années 80-90 (ndlr : il a été co-pilote semi-pro sur des épreuves du Championnat de France et du Championnat du monde) et il y a un rapprochement entre les pilotes de voiture et de bateaux, de par l’ajout des portes des glaces. C’est dommage de ne plus voir les navigateurs plonger dans le Sud mais on peut comprendre que c’est plus prudent. Et il y a une dimension stratégique en plus, on se demande qui va le mieux prendre le virage. Être marin, c’est une identité et c’est ce qui me passionne le plus.