01 Janvier 2013 - 17h07 • 2406 vues

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Découvrez les principales déclarations du live de mardi avec Bernard Stamm, Jean-Pierre Dick, Dominique Wavre, Michel Desjoyeaux, Denis Horeau et Jean-Luc Van Den Heede.

Bernard Stamm (SUI, Cheminées Poujoulat)

(Sur 2013) Ça va plutôt bien, la météo était plutôt bonne, j’ai pu boire une coupette de champagne et du foie gras et j’ai passé 2-3 coups de fil. C’était sympa. Pour 2013, pas de panne et pas de glace !

(Sur ses problèmes d’hydrogénérateurs) J’ai pris moins de gasoil, je me reposais sur mes hydrogénérateurs pour produire l’énergie à bord. Je n’avais pas du tout prévu assez de fuel pour faire le tour du monde complet. On avait fait des calculs pour prévoir une probabilité d’ennuis avec les hydrogénérateurs mais on n’avait jamais inclus dans nos calculs le fait qu’ils sont mal dimensionnés. Ils ont été construits comme des jouets, pas comme quelque chose de sérieux. Les mecs se sont plantés, ils ont fait du Lego, les dimensions n’étaient pas bonnes, c’était trop petit. Il faut qu’il y ait un contrôle rigoureux, ce n’est pas possible de partir avec quelque chose de si mal dimensionné. Autant de moyens mis en œuvre pour atteindre un résultat aussi médiocre, c’est à pleurer. Je suis en colère, ça m’a pompé l’existence, c’est dommage. Les emmerdes ont commencé dès le Portugal. Surtout qu’à côté le bateau va bien, 95% du bateau est nickel.

 

Jean-Pierre Dick (FRA, Virbac-Paprec 3)

(Sur sa situation) Je fais route vers le cap Horn, j’ai du me recentrer cette nuit, j’ai perdu beaucoup de milles par rapport à ceux de devant mais j’étais obligé de redescendre pour pouvoir viser le Horn. Niveau physique ça va, je dors bien le matin mais j’ai plus de mal la nuit. C’est un peu bizarre, c’est la première fois que ça m’arrive. J’essaye de trouver des forces pour le passage du Horn qui risque d’être assez compliqué avec du près puis du vent fort à l’arrière. Il va falloir être vigilant tout en vivant ce moment pleinement car c’est toujours un beau moment dans la vie d’un marin. Ensuite il faudra mettre un coup de cravache pour remonter le groupe de tête qui a pris pas mal d’avance, mais il reste pas mal de milles pour ça.

(Sur le passage à 2013) J’ai passé un réveillon très classique avec un petit foie gras. Je me suis réservé la bouteille de champagne pour le cap Horn car pour moi c’est presque plus important. J’ai passé quelques coups de fil à des amis et à la famille, rien de spécial. J’espère que 2013 va être une jolie année, avec déjà la clôture de cette course puis mes débuts en multicoque. J’espère que tout va continuer sur des rails.

 

Dominique Wavre (SUI, Mirabaud)

(Au sujet du cap Horn) Passer le cap Horn a quelques chose d’étonnant, c’est chargé d’histoire maritime et c’est un coin qui mérite sa réputation difficile. Ce sera une libération quand on l’aura passé et qu’on atteindra les Îles Malouines.

(A propos d’un incident à bord) Je disais il y a quelques jours que le bateau était nickel mais je viens d’avoir une grosse galère. Il y a 2-3 heures, le bout du grand gennaker a lâché et la voile s’est retrouvée à flotter à bloc dans le vent : impossible de l’enrouler. Je me suis battu pendant deux heures pour redescendre les 350 m2 de voile sur le pont mais j’ai réussi à en venir à bout. Et c’est là que tu regrettes d’être en solitaire et pas entouré d’une dizaine de costauds. Il y avait 25 nœuds de vent, c’était la première galère de ce tour du monde.

 

Denis Horeau

Les glaces sont une préoccupation particulière pour les skippers. Un gros iceberg n’est pas très loin de la position de Banque Populaire. On en trouve dans le Sud, dans l’Est, dans le Nord-Est, près du détroit de Lemaire et en Géorgie du Sud, là où les skippers vont peut-être passer. On a plusieurs sources : CLS qui commandite le satellite canadien Radarsat, et l’armée argentine nous donne certaines informations. On a demandé aux armées argentine et chilienne d’effectuer des vols de reconnaissance et les deux se sont prêtées au jeu. L’armée chilienne a pu nous donner des indications précises de ce qu’ils ont pu repérer, ce qui conforte nos positions et nous permet d’envoyer des informations précises aux skippers une fois par jour.

Les glaces dérivent vers l’Est d’environ 1 nœud par heure soient 15km par jour. Donc ce qui est vrai pour les premiers, avec une très grosse présence de glace, sera peut-être un peu moins vrai pour le reste de la flotte.

 

Michel Desjoyeaux (double vainqueur du Vendée Globe)

(Sur les soucis de Stamm) J’ai entendu Bernard Stamm, c’est toujours délicat de choisir un moyen principal de production d’énergie électrique pour les bateaux. Jusque là, beaucoup misaient sur la fiabilité du moteur diesel, mais depuis quelques temps, grâce à ces hydrogénérateurs, on emmène de moins en moins de gasoil. Ce sont des installations qu’il faut tester en situation mais ce n’est pas facile car c’est rare d’aller aussi vite pendant aussi longtemps avec ces bateaux là. C’est une grosse déception pour Bernard mais il n’a pas d’autre solution que de continuer avec ce qu’il a à bord, ça fait partie du jeu de cette course.

(A propos du cap Horn) Ce n’est pas tant le cap Horn en lui même qui est émouvant. Certes c’est un cap mythique qui a acquis ses lettres de noblesse à une autre époque que la nôtre mais surtout c’est un soulagement de sortir des mers du Sud. Comme le disait JP (Dick), ça a un côté assez magique et majestueux, mais au bout d’un mois on en a un peu plein le cul... On a hâte de sortir de là et de revenir près des côtes. Ce sera la première fois depuis un moment qu’ils verront les vraies côtes, c’est un retour à la civilisation et à une vie un peu plus protégée. Pour moi le cap Horn c’est un grand moment de délivrance. Même si on avance moins, on est heureux que ça ne bouge plus, que ça ne fasse plus de bruit, de pouvoir ressortir les grandes voiles, de pouvoir se balader sur le pont. Mais il y a encore énormément de boulot à faire, ce n’est toujours pas fini avec ces foutus glaçons anormalement proches des côtes qui vont leur causer quelques soucis.

(Au sujet du duel de tête) Ça ne me surprend pas de voir Armel (Le Cléac’h) et François (Gabart) car ils ont des profils très proches et ne sont pas gênés par la régate au contact. Par contre que ça dure aussi longtemps doit les user physiquement et moralement : ils doivent effectuer leurs manœuvres le plus rapidement possible pour ne pas perdre trop de temps, et on ne le fait pas avec la même intensité avec un bateau à 50 milles de soi. Là ils sont vraiment bord à bord, c’est incroyable et vu comme ils se sont battus jusque là ça m’étonnerait qu’ils lâchent quoique ce soit. On va se régaler jusqu’au bout.

(Sur François Gabart) Je suis très vexé pour lui que les gens ne puissent pas admettre qu’il est détendu, qu’il est content de faire ce qu’il fait. Ce n’est vraiment pas du bluff, je le connais et il a autre chose à faire. Bien sûr, comme les autres, il est dans une posture qui le force à ne pas tout dévoiler ou du moins à se livrer. Mais lorsqu’il dit qu’il s’éclate et qu’il aime ce qu’il fait, je suis convaincu qu’il dit la vérité.

 

Jean-Luc Van Den Heede (10 passages du cap Horn, 5 tours du monde)

Je me souviens très, très bien de mon premier cap Horn et c’est peut-être celui dont je me souviendrai le plus car ça laisse une émotion extrêmement importante. C’était pendant le BOC Challenge sur un petit bateau de 14 mètres et c’était un moment très attendu. Mon pire souvenir c’était de le passer dans l’autre sens, où il faut lutter contre le vent et contre les vagues qui sont importantes du fait de la remontée des fonds. Dans le bon sens c’est quand même une délivrance car ça fait longtemps qu’ils sont dans le Sud et qu’ils se bagarrent. Retrouver l’Atlantique c’est retrouver des mers dont on a l’habitude et ce n’est pas la même ambiance que dans les mers du Sud.

 

Mike Golding (GBR, Gamesa):

Tout va bien, les douze dernières heures ont été bien chargées, juste après ma sortie de la porte. Je ne suis pas très satisfait du vent juste derrière moi car je vais être obligé d’empanner sous peine de voir ma VMG diminuer. Les bateaux qui se trouvent derrière moi ont eu un meilleur vent qui va leur permettre d’opter pour une route plus directe.

François Gabart fait des choses incroyables, c’est du très beau boulot, de sa part comme de celle d’Armel Le Cléac’h. Ils font une course magifique, on dirait que leurs bateaux sont collés l’un à l’autre, je n’avais jamais vu ça. Ils se tirent la bourre, et tout ça à une vitesse vertigineuse… De manière générale, les performances des bateaux à l’avant de la course sont exceptionnelles, avec des moyennes de 19, 20 ou 21 noeuds, c’est du jamais vu! François réalise quelque chose d’incroyable, il vient d’arriver et il est déjà impressionnant et brillant. C’est manifestement un type très intelligent et en plus il a pu bénéficier des conseils de Michel Desjoyeaux, ce qui est évidemment un soutien important qui permet d’apprendre à faire les bons choix au sujet du bateau, de l’équipement et de la façon de naviguer. Il se débrouille vraiment très bien.

Ca fait du bien d’être passé en 2013, maintenant je n’ai qu’une hâte : me retrouver à nouveau dans l’Atlantique. Bien sûr, il y a cette inquiétante présence de glace vers le Cap Horn mais une fois qu’on l’aura passé, ce sera cap au nord et je suis sûr qu’on se sentira mieux. Bonne année!

 

Javier Sanso (ESP, ACCIONA 100% EcoPowered):

Je suis satisfait de mon classement et de ma position. Tout va mieux depuis que mon problème de genaker est derrière moi. Il s’est enroulé sur lui-même, c’était un bazar pas possible et il a fallu que je sorte sur le pont, et même au bout du bout dehors, où j’ai eu beaucoup de mal à garder l’équilibre. Je me suis battu avec les éléments pendant plus de vingt minutes, j’ai eu vraiment peur car le vent était déchaîné. C’était vraiment un épisode stressant, le pire depuis le départ.