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Trois semaines à terre… avant trois mois de solitude en mer

Ambiance sur le Village du Vendée Globe
© OLIVIER BLANCHET / DPPI / Vendée Globe

Il y a ceux qui planchent encore, terminent les menus détails, bricolent leur monture par manque de budget ou de temps. Et ceux qui auront le loisir de « breaker », partir loin au calme pour se ressourcer, leur bateau étant archi-prêt, déjà propre et rangé. Le Suisse Alan Roura (La Fabrique) fait partie de ceux dont les trois semaines aux Sables d’Olonne ne seront pas de trop : « Il reste pas mal de petites choses à faire pour être au top pour le départ. Je n’aurai pas vraiment le temps pour des loisirs. Mon programme, c’est surtout du travail sur le bateau ». Jean Le Cam (Finistère Mer Vent) fait également partie de ceux dont le budget clôt tardivement impose de profiter des derniers jours à terre pour bosser la technique : « Les loisirs ne sont pas d’actualité. Cela fait un an qu’ils ne sont pas d’actualité. »
C’est aussi ça le Vendée Globe : un plateau hétéroclite où tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Mais peu importe, le plaisir d’être à port Olona l’emporte sur les soucis matériels…

Une communion avec le public et les sponsors
Avec un million de visiteurs sur le Village en 2012, Le Vendée Globe est l’unique événement voile qui brasse autant de fidèles, de fans, de curieux, de néophytes de la voile par sa proximité avec les marins, les bateaux et leurs équipes. Depuis l’arrivée des IMOCA jeudi dernier, le ponton ne désemplit pas. Et les marins jouent le jeu. « C’est un moment de communion et de plaisir avec le public et les sponsors », indique Jean-Pierre Dick (StMichel-Virbac). Vincent Riou (PRB) joue à fond le jeu : il échangera chaque jour pendant trois semaines avec 350 clients de PRB, de sa passion pour ce tour du monde en solitaire qu’il va courir pour la quatrième fois : « C’est aussi ça qui permet à nos projets de fonctionner. Et si on veut avoir notre public, nos supporters, il faut leur faire partager notre passion pour le Vendée Globe. » Chaque marin dispose donc d’un agenda de ministre rondement organisé par leur attaché de presse ou leur famille, lui permettant tout de même de garder quelques heures pour souffler. « J'ai des créneaux matin et soir et j’ai pris mon surf, je vais à la piscine, je fais du footing. J’essaye de garder ma routine », raconte Sébastien Josse (Edmond de Rothschild). Jamais sans ma planche de surf ou mon Figaro pour Yann Eliès (Quéguiner-Leucémie Espoir) qui est parti surfer dès 8h dimanche, et compte bien s’offrir deux ou trois sorties (dont une de 24 heures) en Figaro Bénéteau 2 pour rester connecté avec les éléments.

Un break avant le grand match
Si Jérémie Beyou (Maître CoQ), Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut), Vincent Riou (PRB), ou la majorité des skippers étrangers, comme l’Américain Rich Wilson (Great American IV), où le Japonais Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) ont pris leurs quartiers aux Sables d’Olonne durant les trois semaines d’avant-course, nombreux sont ceux qui vont carrément s’échapper quelques jours. « La semaine off je vais avoir des journées normales, faire du sport, m’occuper de mon fils, prendre du temps pour moi », souligne Thomas Ruyant (Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine). Jean-Pierre Dick, lui, va partir marcher dans la nature à l’étranger avec sa compagne « histoire de se vider la tête et se reposer vraiment. »
L’idée, pour tous, est bel et bien de gérer le stress et l’émotion grandissants jour après jour. Chacun sa méthode, pourvu que le 6 novembre prochain à 13h02, ils soient fins prêts sportivement et mentalement.

Ils ont dit

Sébastien Josse (France), Edmond de Rothschild : « Je vais naviguer une fois par semaine, pour rester concentré »
« J'ai mené une préparation physique au top en Bretagne et je vais continuer aux Sables d’Olonne. Il faut s'y tenir car il y a beaucoup de sollicitations et c'est important de garder la forme physiquement. Je vais courir, nager et surfer si l’occasion se présente. Je naviguerai aussi une fois par semaine pour rester concentré, répéter les manipulations pour le jour du départ. Et j'ai même demandé à ce que la dernière semaine, tout reste à poste sur le pont, qu'on soit dans les starting-blocks. »

Kito de Pavant (France), Bastide Otio : « On voit plein de monde, alors qu’en général les marins sont plus taiseux et solitaires »
« Ces trois semaines aux Sables sont une parenthèse particulière, on voit plein de monde, alors qu’en général les marins sont plus taiseux et solitaires. Il faut faire attention, parce qu’on y prend goût et cela pourrait nous manquer pendant le Vendée Globe ! Je prends du temps pour moi mais je reste assez concentré sur le sportif. C’est compliqué un tour du monde, il faut penser à beaucoup de choses avant de partir ! »

Vincent Riou (France), PRB : « Il faut partager notre passion pour le Vendée Globe, pour la voile »
« J‘ai un programme chargé jusqu’au 6 novembre, je suis là tout le temps sauf un week-end où je rentre chez moi. On reçoit tous les jours 350 clients, je suis présent tous les matins à la Mothe-Achard avec l’entreprise pour les recevoir et leur présenter le Vendée Globe, répondre à leurs questions. Je les abandonne pour le déjeuner car je souhaite manger léger et faire une sieste.  Après ils viennent voir le bateau. C’est aussi ça qui permet à nos projets de fonctionner. Et si on veut avoir notre public, nos supporters, il faut investir avant, il faut leur faire partager notre passion pour le Vendée Globe, pour la voile. »

© Paul Bessereau/M&MAlan Roura (Suisse), La Fabrique : « J’ai des grosses journées, ça coûte cher en café pour tenir ! »
« Je travaille avec une petite équipe et il reste encore pas mal de  petites choses à faire sur le bateau pour être au top le jour du départ. Il y a aussi les sollicitations médiatiques à gérer, cet aspect fait partie du job. J’ai des grosses journées, ça coûte cher en café pour tenir ! Je n’ai pas vraiment le temps pour des loisirs. Je vais quand même essayer de prendre trois jours off pour me poser un peu, me vider la tête. »

Kojiro Shiraishi (Japon), Spirit of Yukoh : « L’atmosphère sur les pontons est impressionnante »
« Je vais profiter le plus possible de ma présence aux Sables d’Olonne. Je m’imprègne de l’ambiance avec les spectateurs, l’atmosphère sur les pontons est impressionnante. Le bateau est globalement prêt pour le Vendée Globe. Il me reste quelques formations à faire notamment en informatique. La semaine du départ, plus de cent Japonais (des sponsors, des amis) vont venir aux Sables d’Olonne pour visiter le Village du Vendée Globe. Ils vont être impressionnés de voir une telle ferveur ! »

Jean Le Cam (France), Finistère Mer Vent : « Les loisirs ne sont pas d’actualité… »
« Je vais occuper les trois semaines entre les obligations médiatiques, les autographes et la technique. Mon projet est un peu atypique. On a quand même eu les voiles et le gréement au dernier moment… Nous avons heureusement reçu de précieux soutiens. Les loisirs ne sont pas d’actualité. Cela fait un an qu’ils ne sont pas d’actualité. Je vais quand même essayer de me reposer un peu. »

Thomas Ruyant (France), Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine : « Je prends le pouls de l’événement »
« Le planning est assez chargé durant la première semaine, avec pas mal d’interviews. Nous sommes arrivés bien prêts ici, donc je n’ai pas grand-chose à faire sur le bateau. On prend le pouls de l’événement, on s’imprègne de l’ambiance de la course. Après, j’ai prévu une semaine off en famille à Lorient, avec des journées normales ! »

Arnaud Boissières (France), La Mie Câline : « Je suis devenu papa la semaine dernière, cela me permet de travailler le sommeil fractionné ! »
« Nous allons naviguer mardi parce qu’il reste quelques bidouillages à faire sur le bateau, comme régler le pilote par exemple. Les visites de partenaires sont organisées à mon atelier ici aux Sables, c’est plus simple qu’à bord. Je suis devenu papa la semaine dernière, cela me permet de travailler le sommeil fractionné ! »

Louis Burton (France), Bureau Vallée : « Je passe de bons moments, je m’organise pour être dans un environnement serein »
« Je prends beaucoup de plaisir ici. C’est agréable d’être sollicité, de voir le public s’intéresser à notre projet. Le bateau est presque prêt, la famille va arriver. Je passe des bons moments, j’essaye de ne pas trop me mettre de stress, de m’organiser pour évoluer dans un environnement serein. On a décidé de concentrer les obligations sur la première et la dernière semaine. Au milieu, je fais un break. Autrement, je circule à vélo donc je fais un peu de sport… »

Jean-Pierre Dick (France), St Michel-Virbac : « On fait en sorte de rester disponible même si on est déjà un peu parti dans sa tête »
« Ce n’est jamais évident. Il faut gérer la situation, mais c’est finalement un moment de communion et de plaisir avec le public et le sponsor. On fait en sorte de rester disponible même si on est déjà un peu parti dans sa tête. Il faut aussi avoir ses moments à soi, faire du sport pour dormir, maintenir l’exercice. Mon préparateur physique est ici, je fais de la natation, du vélo, des sports peu dangereux. Durant ma semaine off, je ne rentrerai pas chez moi. Nous allons partir avec ma compagne à l’étranger dans la nature faire un treck. »

Olivia Maincent (avec Olivier Bourbon) / M&M

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