Un jour, un livre...

Gros temps sur l’archipel

« Des nuages cotonneux pèsent sur l’archipel des neuf îles. Les brumes estompent les contours de la mer et de la terre, ramollissent les pâturages au détriment de la vitalité du propriétaire et du berger, diluent et liquéfient les volontés, donnent aux hommes et aux choses une langueur – presque une maladie à l’âme – à laquelle les Anglais, médecins du bien-être, ont mis une étiquette, comme l’explorateur qui découvre une plante nouvelle dans ce vieux monde desséché : azorean torpor.

Le jour qui s’est levé le 15 août 1919 sur Terceira avait précisément cette tonalité. La baie d’Angra s’étendait, grise et somnolente, depuis les ombres du mont Brasil jusqu’à la jetée de Porto de Pipas. Immobile, comme plombée, coiffée d’une rangée de mouettes pensives et dodues, elle prolongeait vers l’est le sillage du soleil qui perçait difficilement les nuages, et s’étendait jusqu’à deux tertres couronnés de fenouil marin et de moutons - les îlots de Cabras - dont la forme fait penser à un pain entamé. Plus loin, fermant partiellement cet abordage rêvé, apparaissaient les rochers Fradinhos auxquels le ciel et la terre ont donné un aspect cartographique et irréel, rappelant la découverte de Fernão Dulmo. La légende veut y voir la vision pétrifiée qu’a embrassée un homme à l’heure où il dominait le bien et le mal faits pendant sa vie. »

 

Extrait par DBo. du livre de :

Vitorino Nemésio - Gros temps sur l’archipel - Éditions de la Différence

 

Snap code

Retrouvez-nous sur Snapchat
vendeeglobe2016