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Transat Jacques Vabre : quels enseignements à un an du Vendée Globe ?

Arrivée de la Transat Jacques Vabre
© Jean-Marie Liot / Alea / Disobey / Apivia

Ils sont tous à Salvador de Bahia, ou presque. Passé le temps des retrouvailles autour d’une caïpirinha, les marins de la Transat Jacques Vabre vont d’ores et déjà se projeter sur les prochaines échéances : le Vendée Globe et les deux courses préparatoires du printemps 2020. Certains sont nantis de quelques certitudes quand d’autres mesurent le chemin qu’il leur reste à parcourir.

 

Ils ont tenu leur rang

Pour une fois, on ne commencera pas par les vainqueurs de l’épreuve. Toute la première partie de course a été dominée de la tête et des épaules par le tandem de Charal, Jérémie Beyou et Christopher Pratt. Mais le Pot-au-Noir s’est révélé particulièrement piégeux et les deux navigateurs ont vu leur avance de 100 milles fondre dans les chaleurs moites de la Zone de Convergence Intertropicale. Ce faisant, ils ont ouvert la porte de l’hémisphère sud à Charlie Dalin et Yann Eliès qui n’en demandaient pas tant. Néanmoins, la parfaite tenue d’Apivia est aussi le signe de la qualité de la préparation de l’équipe de MerConcept. Gagner pour sa première course au large n’est plus si fréquent à l’heure où les machines réclament une mise au point de plus en plus sophistiquée. Autre bateau neuf qui a surpris, Advens for Cybersecurity de Thomas Ruyant et Antoine Koch. Malgré un arrêt à Cherbourg en début de course pour pallier la défaillance d’un pilote, le plan Verdier a fait merveille, remontant toute la flotte pour aboutir à une cinquième place prometteuse.

Deux équipages ont démontré qu’il faudrait compter sur eux : Kevin Escoffier accompagné de Nicolas Lunven rappelle que PRB, malgré sa mise à l’eau pour le Vendée Globe de 2012, tenait toujours le haut du pavé ainsi que, dans une moindre mesure, Sam Davies et Paul Meilhat sur Initiatives Cœur. S’ils ne sont pas engagés dans le prochain Vendée Globe, on n’omettra pas de signaler la belle course de Pascal Bidégorry et Charles Enright sur 11 th Hour, l’ex Hugo Boss d’Alex Thomson. Enfin Fabrice Amedeo et Éric Péron (Newrest – Art & Fenêtres)  se hissent dans le top 10 au terme d’une trajectoire bien maitrisée.

 

L’option ouest en Atlantique fait le tri

C’était une des grandes interrogations avant le départ. Fallait-il privilégier une option près des côtes portugaises avec la certitude de faire beaucoup de près ou tenter de contourner par l’ouest la dépression positionnée sur le proche Atlantique pour bénéficier de vents portants, malgré une route plus longue ? Il n’y a pas eu débat. Les tenants de l’ouest ont tous été laminés d’autant plus que la dépression s’est décalée sur leur route. Le grand contournement s’est révélé impossible et tous ont dû accepter de s’aligner sur les partisans de la route sud, perdant par là même tout espoir de victoire. Louis Burton et Davy Beaudart (Bureau Vallée 2), Yannick Bestaven et Roland Jourdain (Maître CoQ), Arnaud Boissières et Xavier Macaire (La Mie Câline – Artisans Artipôle), Alan Roura et Sébastien Audigane (La Fabrique), Stéphane Le Diraison et François Guiffant (Time for Oceans), Boris Herrmann et Will Harris (Malizia 2 – Yacht Club de Monaco) et Giancarlo Pedote associé à Anthony Marchand (Prysmian Group) ont tous payé très cher leur audace. En tenant une route intermédiaire, Fabrice Amedeo et Éric Péron (Newrest – Art & Fenêtres) parviennent à se hisser dans le top 10.

 

La casse s’invite

Trois équipages n’ont pas pu défendre leurs chances. Pour Clément Giraud et Rémi Beauvais (Fortil) la Transat Jacques Vabre s’est arrêtée dans le port du Havre suite à un incendie qui s’est déclaré accidentellement à bord. Isabelle Joschke et Morgan Lagravière (MACSF) ont, quant à eux, talonné sur un haut fond en voulant rejoindre la bouée de dégagement devant Étretat. Quille endommagée, ils ont dû jeter l’éponge en ralliant Lorient. Alex Thomson et Neal Mac Donald (Hugo Boss) ont heurté un OFNI au large des Canaries abîmant gravement le système de quille de leur IMOCA flambant neuf. L’équipage a pu, après avoir largué sa quille, convoyer le bateau à Mindelo, mais c’est un chantier d’envergure qui s’annonce. Pour Clément Giraud et Isabelle Joschke, c’est une mauvaise nouvelle dans la course aux milles de sélection où les deux navigateurs se trouvent relégués en fond de classement.

Sébastien Simon et Vincent Riou (Arkéa-Paprec) vont devoir tirer les enseignements de la casse de leurs deux foils et sans doute procéder à des remises en cause de l’échantillonnage de leurs appendices. Enfin Giancarlo Pedote devra analyser pourquoi un de ses foils s’est brisé.

 

Match dans le match pour les monocoques à dérive

La Transat Jacques Vabre a levé les moindres doutes qui pouvaient encore exister. Les IMOCA à dérives droites n’ont plus les moyens de lutter à armes égales avec les foilers. Banque Populaire X, mené de main de maître par Armel Le Cléac’h et Clarisse Crémer n’a pu faire mieux que sixième malgré le talent de l’équipage et la qualité du monocoque. Derrière eux, Jean Le Cam et Nicolas Troussel (Corum l’Épargne) se classent treizième juste devant Damien Seguin et Yoann Richomme (Groupe Apicil). Pure (Romain Attanasio – Sébastien Marsset) et V et B – Mayenne (Maxime Sorel – Guillaume Le Brec) suivent à quelques heures. À noter la place tout à fait honorable de Benjamin Dutreux et Thomas Cardrin (Water Family) compte tenu du peu de temps de préparation dont ils disposaient.

Les bateaux de plus anciennes générations tels Campagne de France (Miranda Merron – Halvard Mabire), Pip Hare Ocean Racing (Pip Hare – Ysbrandt Endt), Ariel 2 (Ari Huusela – Michael Ferguson), 4myplanet (Alexia Barrier - Joan Mulloy) et Vers un Monde sans SIDA (Erik Nigon – Tolga Pamir) ferment, quant à eux, logiquement la marche.

 

La course aux milles toujours d’actualité

Sur les 37 candidats à l’aventure, 18 sont assurés de pouvoir être présents, sous réserve de finaliser leur budget et de valider un parcours de qualification complémentaire pour ceux qui n’auraient pas terminé la Route du Rhum. Ce sont les possesseurs d’un bateau neuf et les concurrents qui ont fini le dernier Vendée Globe.

Pour le reste des concurrents, la course aux milles continue. Cinq marins disposent de suffisamment de milles parcourus pour ne plus risquer d’être rejoints par les navigateurs en queue de peloton. Boris Herrmann, Manuel Cousin (Groupe Setin), Stéphane Le Diraison (Time for Oceans), Alexia Barrier et Damien Seguin (Groupe Apicil) peuvent envisager le printemps 2020 avec une certaine sérénité. Pour les autres, il faudra attendre le verdict des deux transatlantiques pour savoir qui seront les trente-quatre candidats à l’aventure. Entre les solitaires qui voudront tester leur machine avant le tour du monde et ceux qui devront impérativement terminer pour espérer faire partie de la liste, les deux courses d’avant-saison promettent d’ores et déjà un plateau d’exception.

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