26 Décembre 2020 - 12h23 • 8263 vues

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Longue vacation avec Maxime Sorel en cette matinée du 26 décembre. On parle conditions météo, bricolage, nourriture, alcool... Et du cap Horn qu'il devrait atteindre le 4 janvier prochain.

" Je suis sur le pont, le vent, c’est n’importe quoi depuis 24h, ça oscille de 60° entre 4 et 12 nœuds. J’ai le J0 en l’air et j’alterne entre J0 et J2. En fin de journée j’en avais un peu marre d’alterner parce que tu perds du temps. J’avais choisi une voile et je laissais faire… Parfois c’était la bonne, parfois j’étais sur les portières, parfois je manquais de toile.

Je n’ai plus qu’un hydrogénérateur, je n’ai pas réussi à réparer le deuxième. J’ai soigné la plupart des petites blessures du bateau, j’ai encore un petit truc à regarder sur le moteur. Et puis il y a mes voiles, forcément je dois faire gaffe avec le J2 et J3 que j’ai réparés.

"On mange énormément"

J’avais prévu 90 jours de nourriture, et je ne suis pas inquiet même si on met plus de temps que prévu à terminer la course. On mange énormément avec le froid. J’ai l’impression de ne faire que de bouffer ! Mais j’ai plutôt perdu que pris du poids. Il parait que c’est long la remontée de l’Atlantique, alors peut être qu’on va manger tous les restes pour s’occuper.

J’ai beaucoup de lyophilisé, mais aussi beaucoup de plats sous vide, du risotto aux cèpes, des pâtes bolognaises avec du parmesan… Je suis plutôt bien loti au niveau nourriture, je ne me suis pas trop limité.

J’ai pas mal de gâteaux secs avec mon partenaire Gerblé, je me goinfre ! Il me reste encore du fromage à pâte dure sous vide, j’ai aussi un partenariat avec la fromagerie des halles à Dinard. J’en met sur des 'Krisprolls', je suis bien content, ça me réconforte dans cette pétole.

J’ai aussi pas mal de chocolat… Je crois que j’avais deux tablettes de chocolat par semaine et au début, je n’en ai pas trop mangé alors là j’en mange plein. J’ai eu pas mal de chocolat aussi pour Noël. Il ne faut pas le dire à ma nutritionniste, ce n’était pas vraiment prévu !

Pour Noël, j’ai mangé des pâtes un peu spéciales. J’adore les pâtes. Ma compagne m’avait préparé un sac qui s’appelait la "hotte du père Noël" et il y avait un menu spécial. C’était des pâtes à faire chauffer, avec de la ratatouille, de la ricotta, il fallait vraiment cuisiner. Et le fait de cuisiner, d’avoir les odeurs, c’était vraiment génial. Pour un prochain Vendée Globe, je prendrai sans doute des trucs à cuisiner. Il y avait aussi du foie gras, je me suis gavé ! J’avais limite mal au ventre. En dessert, c’était des cannelés trempés dans du rhum vanillé. J’ai bien dormi après ça et je soupçonne que ce soit à cause des quelques degrés d’alcool présents dans les cannelés !

Je n’arrive pas à me caler avec le soleil, ça bouge trop, c’est l’enfer. Je suis toujours en TU, avec vous, avec la communication, avec les fichiers météo. Je trouvais ça bizarre au début mais là on va se rapprocher de vos heures. Je ne regarde jamais l’heure locale en fait.

Bouteilles autour du monde

J’ai une glacière avec neuf bouteilles d’exception, sous scellée, qui font le tour du monde avec moi. Les bouteilles seront vendues aux enchères, au profil de l’association « Vaincre la Mucoviscidose » à l’arrivée. Ce sont des bonnes bouteilles, de cognac, de rhum, de whisky... Je me trimballe 25 kilos de boisson que je ne peux pas toucher. De toute façon, je ne suis pas trop alcool en mer. Et rien que sur mes cannelés j’ai senti un effet ! Mais à l’arrivée je ne saurai l’éviter... Mais je suis plutôt gin tonic moi !

En route vers le Horn

Je n’ai jamais vu autant de variations de vent. Ma trace, c’est une chaîne de montagne. J’ai entre 4 et 11 nœuds de vent maximum. Je suis un peu plus Sud que le groupe de devant donc forcément comme la distance est plus courte, niveau classement, ça aide. Mais il va falloir qu’on fasse du Nord. Dès qu’on va tous faire du Nord, je vais me recaler derrière. Si j’arrive à coller à moins de 5 milles d’eux je serai dans le même système. Ils devraient repartir avant moi.

C’est déjà très bien, je suis content, mais on verra dans trois jours où on en sera. On sera au Sud de la dépression qui va apparaître au Nord, on sera dans du vent, au portant, enfin ! Faire autant de près dans le Pacifique, c’est quand même assez hallucinant. La météo n’est pas simple, on risque d’avoir du vent assez fort qui va nous emmener assez rapidement sur le cap Horn. Le dernier routage fait arriver le 4 janvier au cap Horn.

Je ne connais pas l’Atlantique dans ce sens-là, mais on va retrouver des conditions qu’on connait un peu plus et la température va remonter, ça va faire du bien. Si le bateau est en forme au cap Horn, on pourra se faire plaisir sur la remontée. "

Maxime Sorel / V and B - Mayenne