05 Janvier 2021 - 13h41 • 18128 vues

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Victime d'une avarie de quille hier, Isabelle Joschke (MACSF) digère doucement. Elle raconte à la vacation de ce mardi 5 janvier.  

"J’attendais le passage du cap Horn avec impatience. Les conditions étaient dures, elles viennent juste de commencer à se calmer. La mer était assez grosse, avec du vent fort. Il y a encore des grosses vagues, ça donne des chocs et des embardées assez difficiles pour le bateau. J’ai hâte de rentrer dans le dévent pour que ça se calme.

Là il y a un petit rayon de soleil, je revis ! Mais hier soir, j’avais l’impression que le ciel et la mer se fondaient l’un dans l’autre, c’était tout gris, ça donnait une drôle d’atmosphère, ça illustrait bien un passage de cap Horn. Je n’ai pas fêté ça, j’ai passé le cap pendant la nuit, j’étais en train de me reposer dans ma bannette. Je n’ai pas ouvert de bière car elles sont trop froides, sinon je congèle sur place ! Je fêterai ça quand les conditions seront plus maniables.

Maintenant c’est autre chose qui m’attend. Ça ne va pas se faire d’une seconde à l’autre, il y aura une transition, mais la mer sera sans doute plus clémente. Plus dur que les mers du sud je ne connais pas ! Le climat va s’adoucir.

À propos de son avarie de quille

Il va falloir que j’apprenne à naviguer avec ma quille dans l’axe. C’est une perte de performance colossale. Je commence à digérer, ça été très dur car en 3 jours ça été un enchainement avec des problèmes divers et variés. J’avais peu dormi alors moralement c’était dur. Là j’ai beaucoup dormi, ça va mieux. Je suis triste parce que la compétition dans le top 10 va être dure à conserver et c’est ce qui me réjouissait le plus. Je vais apprendre à naviguer autrement, trouver du plaisir ailleurs. Je vais voir où je peux me jauger. Au niveau perte de performance je ne peux pas trop dire, c’est au minimum 20 à 30% de perte, mais ça va dépendre des conditions. On dit qu’avec un foiler c’est moins difficile qu’avec un bateau à dérives droites. Quand on sort le foil, le bateau tape dans la vague. Le foil, j’aime bien le rentrer à moitié quand les conditions sont difficiles Aujourd’hui comme je n’ai plus de quille pendulaire, je suis obligée de sortir le foil complétement, ça veut dire que je vais avoir un bateau qui tape plus et jusqu’où je peux supporter ça, je ne sais pas. Je jaugerai au fur et à mesure. Le foil apporte de la stabilité au bateau donc quand le bateau gîte, si je sors le foil et il va giter un peu moins, c’est pour cela que c’est « plus facile » que si j’avais le même problème avec un bateau à dérives droites.

Aller de l'avant

La stratégie, j’essaye de l’observer depuis quelques jours, et je me rends compte ce n’est pas facile. C’est forcément une stratégie à long terme et les prévisions à long terme ne sont pas forcément fiables. Il y a autre chose, c’est que j’ai choisi d’aller dans le sud pour avoir moins de vent, donc j’ai moins de latitude pour lofer pour aller dans le nord. C’est un choix que j’ai fait, c’était de la prudence, c’était pour moi une évidence.

C’était important pour moi de pouvoir vivre ma difficulté pendant deux jours, et de ne pas faire semblant de relativiser trop tôt. Maintenant que j’ai touché le fond, je vais pouvoir remonter !"

Isabelle Joschke / MACSF