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Trente ans !

Au départ du Vendée Globe 1989
© Bernard Rubinstein / Alea

L’idée a beau avoir germé dans l’esprit de quelques-uns des candidats au départ lors d’une escale du BOC Challenge, le tour du monde en solitaire avec escales, tout le monde s’interroge. Le curseur n’a-t-il pas été placé trop haut ? Est-ce vraiment raisonnable d’envisager un tour du monde en solitaire sans aucune possibilité de faire relâche pour réparer ? Seront-ils assez nombreux à l’arrivée pour désigner un podium ?

 

 La Vendée se positionne

Le concept avait pris forme dans la tête de plusieurs concurrents du BOC Challenge 1986-1987. Réunis dans un bar de Capetown, tous déplorent des escales trop longues qui cassent le rythme de la course. On trouve dans ce petit groupe pêle-mêle :  Titouan Lamazou, Philippe Jeantot qui remportera l’épreuve pour la deuxième fois, Guy Bernardin , Jean-Yves Terlain ou bien encore l’Américain Mike Plant. Leur initiative fera rapidement école auprès de navigateurs ayant fait leurs apprentissages avec Tabarly : Philippe Poupon et Jean-François Coste entre autres.

Très vite se pose la question du port de départ d’une telle aventure. On pense à quelques places fortes de la course au large comme La Rochelle ou Brest, mais Philippe Jeantot prend tout le monde de vitesse en concluant un accord avec la Mairie des Sables d’Olonne et le Conseil général de Vendée qui apportent leur soutien financier. Le Vendée Globe est né : la descente du chenal des Sables d’Olonne n’est pas encore légendaire, mais l’histoire est en marche.

 

Vieux briscards et jeunes loups

Parmi les treize concurrents au départ, on identifie donc quelques pointures, tels Philippe Poupon qui a déjà dans sa besace des victoires dans la Route du Rhum et la Transat Plymouth – Newport, les deux plus grandes courses en solitaire de l’époque, Philippe Jeantot, double vainqueur du BOC Challenge, le tour du monde en solitaire avec escale ou bien Guy Bernardin, un habitué des circumnavigations. Jean-Yves Terlain a décidé de prendre le départ à la barre d’un bateau radical , inaugurant les futurs carènes planantes et disposant du premier cockpit intégralement fermé (bien avant, APIVIA ou Hugo Boss) quand Titouan Lamazou, fort de sa deuxième place lors du BOC Challenge s’est fait construire un monocoque spécialement conçu pour l’épreuve. Quelques navigateurs étrangers viennent apporter à la course sa dimension internationale comme l’Américain Mike Plant qui peut quant à lui se prévaloir de sa victoire en Classe 2 lors du BOC Challenge, ou l’expérimenté Sud-Africain Bertie Reed..

À leurs côtés, quelques jeunes aux dents longues comme Loïck Peyron, Alain Gautier ou Pierre Follenfant rêvent d’en découdre, quand certains candidats se présentent à la barre d’unités plus atypiques.  Ainsi Jean-Luc Van Den Heede a fait construire un long cigare en aluminium sur plan Harlé. Le bateau est dépourvu du moindre élément de confort et l’on se demande comment l’ancien professeur de technologie va pouvoir résister quand il s’agira d’affronter les mers du Sud. De même, Jean-François Coste prendra le départ à la barre du vénérable Pen Duick III, une goélette de 17 mètres qui connaît bien la route, mais ne peut prétendre rivaliser avec les derniers-nés conçus pour l’épreuve.

 

Combien à l’arrivée ?

Le long des berges du chenal, le public n’a pas encore la densité que l’on connaît aujourd’hui : il est surtout composé de curieux qui viennent assister à l’entrée des gladiateurs dans l’arène. Car la question qui brûle les lèvres est de savoir combien parviendront à terminer cette course dont le règlement drastique n’autorise aucun droit à l’erreur. Les bruits les plus insensés courent sur les pontons : aura-t-on suffisamment de coureurs à l’arrivée pour faire un podium ? Jean-François Coste, à la barre de son Pen-Duick III dépassé, mais solide comme un coffre-fort, n’a-t-il pas fait le bon choix ? C’est la bouteille à l’encre parmi les commentateurs.

S’ils ont conscience de participer à une aventure hors-norme, les coureurs, eux, se posent beaucoup moins de questions.

Pour ce premier Vendée Globe, ils seront finalement sept à rallier Les Sables d’Olonne. Entre temps, la course aura vu le triomphe de Titouan Lamazou qui survolera les débats, l’abandon de Jean-Yves Terlain, démâté en plein océan Indien, de Guy Bernardin, victime d’une rage de dents telle que seule une escale médicale devient possible. Philippe Poupon dont le bateau a littéralement dessalé et s’est retrouvé couché sur l’eau à l’entrée des Quarantièmes sera sauvé par Loïck Peyron qui aura l’intelligence de filmer la scène. Deux marins finiront hors course : Patrice Carpentier après une avarie de pilote qui l’obligera à faire escale aux Malouines et Mike Plant qui, sportivement, annoncera à la direction de course qu’il s’est disqualifié lui-même en recevant une assistance tandis que son bateau, au mouillage, commençait à chasser vers le rivage.

 

Finir est déjà une victoire

Quand Titouan Lamazou franchit la ligne d’arrivée, il n’imagine pas une seconde la foule qui va se presser tout au long du chenal des Sables d’Olonne. Mais depuis le sauvetage de Philippe Poupon, le grand public s’est subitement passionné pour ces marins hors normes. On s’extasie devant Jean-Luc Van Den Heede, l’ancien professeur de technologie, parti sur un bateau en aluminium, qui en simple ciré et chaussures de basket aux pieds ira flirter avec les icebergs. Chaque arrivée est fêtée massivement par le public qui s’est découvert de nouveaux héros. Deux mois après le trio de tête, Jean-François Coste ferme le bal. En bon amoureux des mots il déclarera à son arrivée : « Ce qu’on ne savait pas, c’est ce dont personne ne voulait parler. Mais la mer n’a retenu personne, elle a simplement donné. Tout est en ordre… » En trois mois, une légende est née.

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